La croyance aux fausses nouvelles décortiquée

Illustration Radio-Canada/ Philippe Tardif

Chronique de Mario Girard qui a attiré mon attention… Il y réfère à un magnifique travail de vulgarisation autour des biais cognitifs par le journaliste Bouchra Ouatik des Décrypteurs de Radio-Canada.  Girard s’en sert pour expliquer la popularité des fausses nouvelles sur les médias sociaux…

« …De nos jours, être indécis ou démontrer que notre opinion n’est pas aboutie est un signe de faiblesse. Qui sont les chouchous des médias ? Ce sont, la plupart du temps, des gens qui expriment leurs idées de manière très ferme, peu importe s’ils maîtrisent le sujet abordé, peu importe s’ils disent des banalités. La nature a horreur du vide. Et du gris. » (Girard, 2019)
En creusant le travail de Ouatik, on découvre qu’il effectue une véritable revue de littérature autour des dix raisons pour lesquelles on adhère et, souvent, on repartage les fausses nouvelles.  Évidemment, c’est présenté de manière plus accessible qu’une recherche académique mais toutes les références y sont en hyperliens.  Chapeau d’ailleurs au travail d’illustrations de Philippe Tardif.  Ses images dans les teintes de rouge, noir et blanc, avec notamment des motifs d’yeux et de cerveaux, suggèrent efficacement la thématique.  Les dix raisons – et les biais cognitifs qui leur sont associés – sont les suivantes.
  1. On veut confirmer ce qu’on pense déjà (biais de confirmation).
  2. On cherche à préserver son identité (identification émotive à nos convictions).
  3. Notre cerveau prend des raccourcis (manque de raisonnement analytique).
  4. Notre mémoire nous induit en erreur (effet de vérité illusoire).
  5. On se méfie des dangers (peur du danger).
  6. Nos sens nous trompent (réalisme naïf).
  7. On cherche un sens aux événements (biais de détection, biais de corrélation illusoire, biais d’intentionnalité, biais de proportionnalité, biais de conjonction).
  8. On surestime l’ampleur de son savoir (effet Dunning-Kruger).
  9. On a besoin de faire partie d’un groupe (biais social).
  10. On a peur du groupe rival (logique du « nous contre eux »).

Quelle serait la meilleure façon de lutter contre ces fausses nouvelles et les biais cognitifs qui les favorisent?

« Hugo Mercier [chercheur en sciences cognitives à l’Institut Jean-Nicod à Paris] suggère de s’entourer de gens avec qui on ne partage pas les mêmes opinions. « Si on a la chance d’avoir des gens avec qui on peut avoir des discussions de bonne foi, mais qui ne sont pas d’accord avec nous, il faut en profiter autant que possible. »

S’exposer à des avis contraires permet aussi de développer son humilité intellectuelle(Nouvelle fenêtre), c’est-à-dire la capacité à reconnaître les limites de son savoir et à admettre que l’on s’est trompé. Selon le psychologue Mark Leary(Nouvelle fenêtre), ceux qui font preuve d’une plus grande humilité intellectuelle sont plus critiques face à l’information qu’ils reçoivent. » (Ouatik, 2019)

Le développement de l’humilité intellectuelle devrait-il faire partie de la formation universitaire en 2019?

Sources:

Girard, Mario, « Le vrai du faux« , Lapresse.ca, 30 juin 2019

Ouatik, Bouchra, « Pourquoi croit-on les fausses nouvelles?« , Radio-Canada.ca, 5 juin 2019

 

Pour que les plans d'action stratégiques restent pertinents
10 pistes pour réinventer l'université

Exprimez-vous !

*