Scandale des admissions aux États-Unis: réflexions sur l’accessibilité aux études des deux côtés de la frontière

C’est l’une des plus importantes fraudes a avoir entachée le système universitaire américain (tous les détails ici).  Des millions versés en pots-de-vin par des parents désirant assurer une place à leur progéniture dans certains établissements prestigieux, quitte à mentir sur les habiletés sportives de leurs enfants, la présence de handicaps ou à carrément tricher sur les résultats aux tests standardisés de ces derniers, souvent à leur insu.

[William] Singer allegedly described the scheme to his customers as a “side door”, in which the parents paid Singer under the guise of charitable donations to KWF [Key Worldwide Foundation – a non-profit corporation that he established as a purported charity]. In turn, Singer funnelled those payments to programmes controlled by the athletic coaches, who then designated the children as recruited athletes – regardless of their athletic experience and abilities. Singer also made bribe payments to most of the coaches personally. (O’Malley, 2019)

Au-delà des chemises déchirées sur la place publique et des juteux potins hollywoodiens – certains de ces parents étaient des vedettes du petit écran – ce qui nous intéresse, c’est l’éventuelle réforme d’un système élitiste et opaque lorsque de tels abus auront suffisamment écoeuré la majorité américaine…  Par ailleurs, on note une certaine prise de conscience des forces et des défis de notre système canadien en matière d’admissions aux études supérieures.

« Au Canada, les critères d’admission sont moins subjectifs, a souligné M. [Robert] Astroff [consultant en admission]. Les universités se contentent souvent de vérifier si les notes au secondaire du candidat satisfont aux exigences minimales.

Les études supérieures sont plus hiérarchisées aux États-Unis. Il existe un énorme fossé entre une université de l’Ivy League comme Harvard ou Yale et un collège communautaire. Il y a beaucoup moins de différences entre les universités canadiennes et la sélection n’est donc pas aussi impitoyable, a dit le consultant.

[…]

Selon Richard Levin, le directeur général des services d’inscription et du registraire à l’Université de Toronto, la plupart des programmes acceptent de 50 à 60 % des postulants, alors le taux d’acceptation dans les prestigieuses écoles américaines ne dépasse pas cinq ou 6 %. » (Bresge et Kane, 2019)

Toutefois, les parents canadiens fortunés disposent ici aussi de certains atouts dans leurs jeux:

« « On n’a pas besoin de corrompre quelqu’un pour que son enfant soit admis à l’université […]. Les gens dont les revenus sont plus élevés ont d’autres avantages. » Ils peuvent, par exemple, engager un tuteur pour améliorer les notes de l’enfant. Les écoles établies dans des quartiers plus aisés peuvent récolter plus de fonds pour les activités parascolaires. » (Eloise Tan, directrice de la recherche pour le groupe People for Education, citée dans Bresge et Kane, 2019)

Quant aux causes profondes de ce scandale et aux améliorations qui pourraient en résulter, les commentaires du sociologue émérite de UC Berkeley Jerome Karabel sont éclairants.  En 2005, Karabel a fait paraître The Chosen: The Hidden History of Admission and Exclusion at Harvard, Yale, and Princeton (Houghton Mifflin), une brique de 700 pages sur les façons dont la Ivy League manipule le processus d’admission depuis des décennies afin de maintenir l’élite américaine en position de génération en génération.

 …I think the underlying issue has to do with the capacity of privileged people to use the admissions process in a way that enhances the privileges of already privileged people. Specifically, things that we already take for granted as normal, such as donating a building and getting special consideration for your child or grandchild, could be considered corrupt and scandalous. But they are taken for granted as the way we do things in the United States. In other countries, that could be considered immoral or illegal.

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…A good parent who has resources either sends their children to a private school or buys their way into a suburban district that is known to have good schools. Similarly, such parents will provide their children with subject-matter tutors, SAT tutors, private college counselors whose fees run up to $40,000, and private athletic coaches if they show talent or even interest. So in all these ways, those children come to be considered more meritorious. That is part of how privilege is perpetuated through generations.

That said, the majority of privileged children applying to elite colleges are rejected, an inherent feature of a process in which 95 percent of applicants are rejected at the most selective colleges.

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I think it’s possible that greater public scrutiny of admissions could lead to a re-examination of long taken-for-granted practices, such as preference for the children of donors and legacy preference, as well as the magnitude of the preference for recruited athletes and the degree of latitude given to coaches. All of those things may come under greater scrutiny now — and that has the potential for some positive changes.

[…]

…[A]s America has become more and more unequal, affluent parents have become increasingly desperate to pass on their privileges to their children and avoid downward mobility at all costs. And I think part of the backdrop to this is that elite colleges have come to be viewed as a kind of insurance policy against downward mobility. They also have become a status symbol of success for a society that falsely claims to be meritocratic.

I think the bottom line is that what has happened with elite colleges is that they’ve democratized anxiety far more effectively than they’ve democratized opportunity.« [Karabel, cité dans Bartlett, 2019) [nos emphases]

Lorsque la formation supérieure n’est plus perçue comme un « ascenseur social » mais plutôt comme un podium tenu pour acquis par une élite qui s’y accroche, on a affaire, nous semble-t-il, au côté le plus sombre de la Tour d’ivoire.

Sources:

Bartlett, Tom, « What the Admissions Scandal Reveals About Secrecy, Privilege, and the Nature of Merit« , The Chronicle of Higher Education, 15 mars 2019

Bresge, Adina et Laura Kane (PC). « Le scandale américain des universités déclenche un débat canadien« , La Presse, 17 mars 2019

O’Malley, Brendan, »Nationwide conspiracy to cheat to get into elite universities« , University World News, 13 March 2019

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