L’intégrité scientifique mal défendue par les plus hautes instances (France)

Hervé Maisonneuve a rédigé une série de six billets sous le thème de l’intégrité scientifique qui se porte mal du fait que celles et ceux qui devraient la défendre semblent défendre d’autres intérêts.  On sent l’irritation de l’auteur qui grimpe d’un cran à chaque billet.

1er cas  Une thèse en éthique médicale plagiée (sous la direction de C. Hervé) dans laquelle on a trouvé un plagiat de 10 pages d’un livre blanc d’odontologie, dont un des auteurs était dans le jury.  Le président de l’Université Paris-Descartes, M. Dardel, a fait appel au Conseil national de l’enseignement supérieur et de la recherche (CNESER), après avoir échoué à convaincre les instances disciplinaires de sa propre université.  Réponse du CNESR :

« madame XXX admet ne pas avoir référencé un passage du Livre blanc de l’odontologie, le passage litigieux est bref et cette absence de citation n’a appelé aucune forme de contestation de la part de l’un des auteurs de l’ouvrage, membre de son jury de thèse ; »

2e cas  Des conflits d’intérêts pour des chercheurs en cancérologie décrites par le New York Times qui ont publié dans deux revues prestigieuses : le New England Journal of Medicine (NEJM) et le Journal of Clinical Oncology (JCO).

3e cas  Un chercheur en biologie (O.  Voinnet) condamné en 2015 pour avoir manipulé des images, absout pour cette même faute en 2018 mais reconnu coupable d’avoir manqué à sa responsabilité de gérer avec intégrité son laboratoire.

« In a statement released on 3 October, the CNRS reiterated that its disciplinary committee had found no evidence that Voinnet was responsible for any unethical manipulations of figures or data in the investigated papers.« 

4e cas  Selon Maisonneuve, la manière dont le cas d’allégation de manipulation d’images dans 7 articles par la chercheuse en biologie C. Jessus (également directrice de recherche au CNRS) a été traité est un exemple « d’incompétence d’une pseudo-commission d’enquête, et des réactions inadmissibles d’un groupe de donneurs de leçons ».   La preuve réside dans le rapport de 3 pages (3 pages!), qui se conclut ainsi :

« […], la commission déclare n’avoir pas trouvé, dans les figures incriminées sur internet, de fondement à une méconduite scientifique de Mme Jessus. La commission a noté trois publications qui comportaient des erreurs d’assemblage de figure, et une publication qui comporte une atténuation de contaminants sur une figure. Ces articles méritaient la publication des originaux pour lever toute ambiguïté, ce qui est en cours de réalisation. La commission souligne que Mme Jessus n’est jamais à l’origine de ces erreurs d’assemblage ni de cette atténuation (notre emphase), les co-auteurs ayant assemblé ces figures ayant été identifiés sans aucune ambiguïté.»

 5e cas  Insatisfaits du premier rapport, des chercheurs ont rédigé un deuxième rapport, de 45 pages, celui-ci, mais toujours anonyme, mettant en lumière de manière rigoureuse la manipulation d’images dans les articles de C. Jessus.  S’en est suivie une lettre ouverte signée par 503 chercheurs éminents qui n’ont peut-être pas lu la lettre en entier, selon Maisonneuve, car, en signant la lettre

« ils ont surtout signé que des pratiques douteuses en recherche devaient être tolérées. Le rapport initial de la commission anonyme discute les pratiques du laboratoire de Mme Jessus, et tolère les assemblages d’images. En bref, et en simplifiant beaucoup, il est acceptable d’assembler des images sans le dire quand il manque un témoin, ou si c’est pour faire plus joli. »

6e cas  Anne Peyroche, chercheuse en biologie directrice intérimaire du Centre national de la recherche scientifique (CNRS) a fait l’objet d’allégations d’inconduite en recherche dans cinq articles.  Un rapport de l’Académie des sciences a identifié 22 inconduites touchant à la manipulation d’images, manipulations relevées également par un rapport d’enquête du Commissariat à l’énergie atomique (CEA).  Maisonneuve cite un article de l’Express pour donner la conclusion de cette histoire :

« Malgré la gravité de ces conclusions, les directions du CNRS et du CEA ont décidé d’enterrer le rapport de l’Académie des Sciences. »

Et Maisonneuve de terminer sa série noire sur cette note dans laquelle transparaît sa déception par rapport à la réalité de deux poids, deux mesures dans le traitement des allégations d’inconduite en recherche en France :

« C’est toujours pareil : les étudiants plagient, fraudent, c’est inadmissible ! Mais quand c’est un chercheur, un haut responsable…  rien vu, rien entendu, circulez… »

Sources

Maisonneuve, Hervé.  L’intégrité scientifique va mal (1/6) : le président de Paris-Descartes ridiculisé par le CNESER qui ne reconnait pas un plagiat de 10 pagesRédaction médicale et scientifique.  10 décembre 2018.

L’intégrité scientifique va mal (2/6) : Le New York Times dénonce les pratiques des revues et experts dans le cancer : les employeurs ferment les yeuxRédaction médicale et scientifique.  11 décembre 2018.

L’intégrité scientifique va mal (3/6)…. en France avec les cas Voinnet, Jessus, Peyroche : pourquoi des zozos tirent sur les ambulances ?  Rédaction médicale et scientifique.  13 décembre 2018.

L’intégrité scientifique va mal (4/6) : en France avec les cas Jessus, Peyroche : pourquoi des zozos tirent sur les ambulances ?  Rédaction médicale et scientifique.  14 décembre 2018.

L’intégrité scientifique va mal (5/6) en France avec les cas Jessus, Peyroche : pourquoi 503 zozos défendent des pratiques douteuses ? Passions, intérêts ?. Rédaction médicale et scientifique.  19 décembre 2018.

L’intégrité scientifique va mal (6/6) en France avec le cas Peyroche : pourquoi Mme la ministre défend des pratiques douteuses ? Passions, intérêts ?  Rédaction médicale et scientifique. 20 décembre 2018.

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