Quel espace pour l’enseignant dans une classe d’apprentissage actif? (2/3)

Toujours dans le dessein de documenter la place du formateur dans une classe d’apprentissage actif, je suis tombé sur cet intéressant article de Sharon Coyle qui témoigne du choix d’une classe à faible technologie au Cégep de Sept-Îles.  Selon Coyle, les raisons de ce choix sont les suivantes .

  • « C’est moins stressant pour les enseignants et les étudiants, puisqu’il n’y a aucune pression pour utiliser les technologies en tout temps.
  • C’est plus accessible d’un point de vue économique.
  • N’importe quel dispositif technologique qui fait partie intégrante de la salle est susceptible de devenir obsolète un jour…. »

Est également d’intérêt la façon dont les enseignants se sont approprié la salle et se préparent à leurs cours…

« Pour chaque cours enseigné dans la CLAAC [CLasse d’Apprentissage ACtif], les enseignants disposaient d’une période supplémentaire dans la salle pour explorer et planifier leurs activités. C’était important pour surmonter deux préoccupations majeures que partageaient plusieurs collègues : la perte de contrôle (gestion de classe) et la perte de temps (efficacité).

L’apprentissage dans la CLAAC donne certainement l’impression d’être « désordonné », mais il est plus profond et plus efficace. Les activités semblent plus chaotiques et moins productives, mais mes étudiants ont l’impression de tirer beaucoup plus avantage de leur expérience d’apprentissage. » (NDLR – emphases dans le texte original)

Mais c’est la vidéo accompagnant cet article qui m’est apparue la plus intéressante quant au rapport des enseignantes à ce nouvel espace.  Simplement, on voit les enseignantes membres du groupe de travail à l’origine de la classe discuter ensemble.  Grâce aux sous-titres, on remarque qu’elles sont de plusieurs disciplines très différentes (biologie, comptabilité et gestion, éducation à l’enfance, langue et littérature, literature et humanities, soins infirmiers,) et qu’elles y trouvent toutes leur compte.

Certains commentaires m’ont frappé, toujours quant à la place et au rôle du formateur dans une classe d’apprentissage actif.

  • « …Y’a pas de bureau de professeur, donc la place du prof n’est pas à l’avant.  Le prof il est où?  Donc, c’est sûr que ça déstabilise le prof et que ça déstabilise aussi les élèves.  Mais en même temps, se faire déstabiliser c’est très bon pour l’apprentissage parce que ça provoque l’ouverture à la nouveauté.  Et c’est bon pour le prof aussi parce que de toujours enseigner de la même façon, bien on s’entend que… En tous les cas moi je trouvais que j’avais fait le tour du jardin puis ça commençait à faire là…  Ça prenait quelque chose de plus dynamique… » (enseignante de langue et littérature)
  • « …Je me suis centré sur là où [l’étudiant] a besoin de moi. Pourquoi moi je suis là dans le fond, c’est pour apporter mon expérience et pour mettre les trucs en contexte, c’est pour me centrer sur les chose plus complexes.  Donc au contraire, j’ai gagné du temps et j’ai réussi à livrer tout mon contenu… » (enseignante en soins infirmiers)
  • « Moi je me sens qu’au lieu de transmettre ce que je connais, je les fais apprendre… Donc au lieu de leur garrocher plein de matière par la tête, puis de dire ‘C’est de même que ça marche, c’est de même que ça marche… » [,,,] Eux, là ce qu’ils font c’est qu’ils sont en classe, ils font des exercices et là où il y a des questions, là où ils boguent, je suis capable de répondre quand ils ont besoin.  Je réponds plus à leurs besoins qu’être un transmetteur d’information… » (enseignante en gestion et comptabilité)
  • « Ma place… et c’est ma fonction, c’est mon rôle d’aider les élèves.  Donc ma place c’est d’être parmi les élèves.  C’est d’être là au moment où ils ont besoin de moi, c’est d’être là au moment où c’est le temps.  Parce que quand je donne un cours magistral, je suis là deux heures en avant puis je leur dis:  ‘Partez, faites ce travail-là […] Là je les lâche lousse puis je vais lire n’importe quoi parce que je leur dis quoi faire, mais je ne leur ai pas montré quoi faire.  Donc ma place c’est d’être parmi eux. » (enseignante de langue et littérature)

Sources:

Cegep de St-Îles, « La classe d’apprentissage actif« , Youtube, 6 février 2018 (durée 5 min 48)

Coyle, Sharon, « La classe d’apprentissage actif à « faible technologie » du Cégep de Sept-Îles« , Profweb, 22 novembre 2017

Quel espace pour l'enseignant dans une classe d'apprentissage actif? (3/3)
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