Après le « pic », le déclin des universités?

Chronique d’une mort si souvent annoncée qu’on en frôlerait l’absurde?  Pas nécessairement…

Bryan Alexander, futuriste et consultant en technologies éducatives, reprend 5 ans plus tard une idée qu’il avait émise en 2013 quant à l’atteinte d’un « pic » (peak) dans le secteur universitaire et au déclin qui s’en suivrait – on parle aussi de « peak oil » ou de « peak car » pour des évolutions semblables dans ces autres industries.  Il ne s’agit plus d’une bulle qui grossirait jusqu’à l’éclatement mais d’un secteur économique qui aurait atteint son apogée et qui ne pourrait plus que décliner.

Ce qui le relance sur cette idée: « 17,839,330 took classes this spring, while in 2013 we enrolled 19,105,651 students.  That’s about a 6.7% decline. » [statistiques du National Center for Education]

Alexander admet volontiers qu’un tel déclin est multifactoriel et qu’il préférerait de loin se tromper.  Mais il constate que le plein emploi est presque atteint aux États-Unis (ce qui n’encourage pas de rester aux études), que l’anti-intellectualisme ambiant ne favorise pas le recrutement étudiant, que les frasques de l’administration Trump découragent le recrutement à l’international, sans compter le coût des études et les problèmes d’endettement, etc.  Or, le recrutement demeure le nerf de la guerre:

« In economic terms, remember that the supermajority of American colleges and universities depend largely on enrollment for revenue.  Very, very few can count seriously on endowments for income.  And states have reduced per-student spending steadily since the early 1980s.  American higher ed largely consists of nonprofits, which need enrolled students to survive.  Few students means higher prices, which we’ve seen plenty of.  Enough of that leads to a revenue decline.  It’s basic microeconomics. » (Alexander, 2018)

Pascal Lapointe de l’Agence Sciences Presse évoque une tendance plus inquiétante encore:

« Mais le scepticisme face à l’utilité d’un diplôme universitaire — sauf les filières qui conduisent directement à un emploi — est un phénomène qu’on voit également surgir au Canada, chez des chroniqueurs ou dans des sondages. Et ce scepticisme, d’ores et déjà, est nourri par la crise : plus les revenus d’inscription diminuent et plus l’université coupe dans ses services et ses programmes d’études, ne privilégiant que les programmes les plus lucratifs… c’est-à-dire ceux qui conduisent directement à un emploi. » (2018)

Alexander convient également que certaines institutions tireront très bien leur épingle du jeu et que la formation à distance pourrait ouvrir de nouveaux bassins étudiants.  Toutefois, il croit que l’évolution démographique transformera radicalement la clientèle universitaire:

« We might see adult learners become the mainstream student, and eighteen year olds become a niche within the broader higher education marketplace.  Imagine more programs aimed at the rapidly growing population of seniors.  Think of greater numbers of openly professional programs intended for working people.  This might take a sea change in how we structure higher education, but might be the most likely way forward for many institutions. » (Alexander, 2018)

Joshua Kim du Inside Higher Ed ne souscrit pas à la thèse d’Alexander, mais croit lui aussi que la clientèle est appelée à changer significativement et qu’au moins la formation universitaire traditionnelle a atteint un « pic »:

« How we think about higher education is changing. We have already moved past the idea that college equals a four-year residential experience for 18- to 22-year-old recent high school graduates. We have probably reached peak traditional higher ed.

Enrollment numbers, however, only capture students who matriculate in credit-bearing courses leading to accredited degrees. We need to think about counting those learners who are participating in nondegree programs. We need to take seriously the impact of the rise of alternative credentials.

We also need to avoid the mistake of thinking about higher education in the narrow terms of today’s models. The full-time residential model of higher ed may have peaked, but the universe of postsecondary educational opportunities will continue to expand. » (Kim, 2018)

Sources:

Alexander, Bryan, « Academia After Peak Education », Bryan Alexander (blogue personnelle), 29 mai 2018

Harris, Adam, « Here’s How Higher Education Dies », The Atlantic, 5 juin 2018

Kim, Joshua, « Are We at Peak Higher Ed? Four Arguments for No », Inside Higher Ed, 30 mai 2018

Lapointe, Pascal, « Y’aura-t-il un pic universitaire », Agence Sciences Presse, 8 juin 2018

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