Apprentissage expérientiel aux dépens de l’«académique »

Dans une lettre d’opinion qui a suscité de nombreux commentaires, John Kijinski, de la State University of New York at Fredonia, déplore que bien des occasions d’apprentissage expérientiel qui sont offertes aux étudiantes et étudiants le sont aux dépens de l’apprentissage académique.

« These experiences are, of course, valuable, but they should not be done at the expense of credits that could be devoted to learning difficult intellectual skills within a traditional academic setting.»

L’auteur distingue qu’il ne vise pas ici les « perfectly legitimate collaborations between communities and higher education institutions in such areas as research centers, clinics or legal programs ». Il se préoccupe plutôt « des effets qu’a le mouvement de l’apprentissage expérientiel sur ce que les administrateurs, certains professeurs et le public estiment être la valeur ajoutée de l’enseignement supérieur » et soutien que les « real life » expériences qui sont offertes aux étudiants ne laisseraient pas de traces sur le long terme dans le parcours des étudiants contrairement à  l’apprentissage qui est fait en classe par des lectures, laboratoires et l’enseignement.

Dans un contexte où les collèges et universités utilisent de plus en plus l’apprentissage expérientiel, l’engagement, l’apprentissage par le service à la collectivité comme moyen de se positionner et se distinguer, on peut comprendre les préoccupations de l’auteur. Cependant, l’auteur s’attire de nombreuses critiques puisqu’il appuie ses propos sur sa propre expérience sans recours à des études ou démarches empiriques. En subordonnant l’agir au penser (il serait plus difficile de penser que d’agir selon l’auteur qui paraphrase Wilde, ce qui justifie selon lui pourquoi l’enseignement supérieur devrait se concentrer à former à la pensée), Kinjinski estime que le développement de l’agir, les apprentissages expérientiels, ne devraient pas se faire à l’université, mais bien sur le marché du travail.

L’auteur met l’apprentissage académique traditionnel ou les compétences intellectuelles, à quoi il réfère de façon très vaporeuse, sur un piédestal, sans appuyer son analyse sur une réflexion pédagogique. Que l’on enseigne une théorie mathématique, des notions de biologies, le droit ou la philosophie, un enjeu fondamental demeure celui de véritablement rendre les étudiants plus compétents, i.e. plus aptes à mobiliser ces savoirs dans une situation donnée. Et les occasions d’apprentissage expérientiel sont d’excellents vecteurs pour permettre cette intégration des compétences. Bref, le recours à l’apprentissage expérientiel, comme tout autre mode d’apprentissage, devrait servir en premier lieu l’intention pédagogique de l’enseignant, du cours et du programme.

Source : Kijinski, J. 2018. « On ‘Experiential Learnin' ». Inside Higher Ed. 8 janvier.

Attestations, badges et certifications : motifs du choix de MOOC?
Fin de la neutralité d'Internet aux États-Unis: les institutions d'enseignement supérieur en souffriront-elles?

Exprimez-vous !

*