MOOC, nanodiplômes et développement de l’employabilité : la formation supérieure comme occasion d’affaires

Le site EdSurge, consacré à la formation technologique, rapporte que plusieurs institutions américaines incluent dorénavant dans leur offre de formation des programmes de courte durée composés exclusivement de cours de type MOOC offerts sur une thématique donnée. Ce faisant, elles peuvent ainsi diversifier leur offre, rejoindre un plus vaste bassin de clientèle et utiliser ces programmes « grand public » pour attirer de nouveaux candidats vers ses programmes réguliers.

À titre d’exemple, plusieurs institutions partenaires de la plateforme EdX créée par Harvard et le MIT ont puisé dans leurs banque de MOOC pour proposer des MicroMasters thématiques dans une foule de domaines. Ce qui distingue ces microprogrammes de type MOOC?

  • Ils sont de courte durée.
  • Ils respectent le rythme de progression de chacun.
  • Ils ne présentent aucune condition d’admission.
  • Des frais administratifs sont exigés pour s’y inscrire, mais le montant demandé représente une fraction du prix d’un programme « régulier ».
  • Les « crédits » qui y sont réussis peuvent, à certaines conditions, être transférés dans un programme régulier.

Pour EdSurge, l’émergence de ces nouvelles certifications endossées par des établissements d’enseignement traditionnels représente pour ces dernières une nouvelle façon de concevoir la mise en marché de leur formation en ligne. Celle-ci n’est plus simplement considérée comme une façon de diffuser de la formation régulière mais serait dorénavant considérée comme un « produit » à part entière. Le commentaire de Michael DiPietro, responsable du marketing chez ExtensionEngine (une firme de développement de formation en ligne pour le compte d’universités et de collèges américains) ne laisse aucun doute sur la façon dont ces programmes sont perçus:

« Your product – the program, course, certificate, or degree – has to be unique and very spectific to what your market want. »

Évidemment, des appels à la prudence se font entendre. Mitchell Stevens, professeur à Stanford, en appelle notamment au risque de discréditer les programmes réguliers, nuisant ainsi à la réputation des institutions bien établies par ailleurs:

« The most valuable thing that universities have is their reputation. The more prominent you are in the reputational economy, the more you have to lose ».

En parallèle, on note que les grands joueurs que sont les plateformes Coursera et Udacity n’entendent pas demeurer à la remorque des institutions et poursuivent de leur côté leurs efforts pour investir le créneau de l’enseignement supérieur. Après avoir annoncé dès 2014 leurs partenariats avec des géants de l’industrie pour offrir des nanodegrees (Udacity) ou des microdegrees (Coursera), les deux entreprises entendent maintenant déployer une offre de service misant sur le rehaussement de l’employabilité de ses « clients ». Ces derniers, moyennant des frais d’abonnement, pourraient compter sur des évaluations, des diagnostics, du mentorat, de l’aide individualisée ainsi qu’une garantie d’emploi.

Bref, assurément un phénomène à suivre.

Sources :

Jeffrey R. Young “More Colleges Are Offering Microcredentials—And Developing Them The Way Businesses Make New Products”, EdSurge, 5 octobre 2017

Hélène Labriet-Gross, « 2017, l’année des micro-diplômes? », EducsPros, 31 octobre 2017

Par ailleurs, le phénomène des nanodegrees et des microdegrees a amplement été couvert sur l’Éveilleur. À ce sujet, voir notamment :

Catherine Vallières, « Les nanodiplômes de Udacity: plus vite, moins chers… plus pointus », L’Éveilleur, 18 octobre 2014

Jean-Sébastien Dubé, « Les nanodiplômes de Udacity: une autre forme de microcertification? », L’Éveilleur, 27 juin 2014

Jean-Sébastien Dubé, « Microcertification et portfolios: plus qu’une mode… une menace? », L’Éveilleur, 14 août 2015

Marc Couture, « Se former en ligne sur l’intelligence artificielle », L’Éveilleur, 28 octobre 2016

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