Responsabilités des étudiants et de l’enseignant quant à l’apprentissage

Dans la foulée d’une présentation que j’ai offerte récemment, j’ai eu à réfléchir sur la question de la responsabilité de l’apprentissage.  Qu’est-ce qui incombe à l’enseignant?  Qu’est-ce qui revient à l’étudiant?  Entre le cliché du professeur qui prétend donner son cours sans ne jamais tenir compte des besoins des étudiants parce que c’est « à eux à s’adapter » et celui des étudiants-clients qui veulent une bonne note sans effort « parce qu’on paye », existe-t-il un espace mitoyen où les uns et des autres peuvent se rencontrer autour d’une préoccupation commune en vue de favoriser l’intégration des savoirs, savoir-faire et savoir-être?  Voici ce que quelques articles du Teaching Professor’s Blog m’ont appris.

D’après Maryellen Weimer, les étudiants…

  1. ont la responsabilité d’APPRENDRE.  Les enseignants peuvent faire beaucoup de choses pour eux mais pas apprendre à leur place.
  2. devraient avoir la responsabilité des tâches qui facilitent l’apprentissage: arriver bien préparés en classe, prendre des notes, participer aux échanges, confronter leur compréhension du matériel, développer leurs habiletés à apprendre, etc.
  3. pourraient partager la responsabilité de l’organisation et du fonctionnement de la classe, d’inclure leurs idées dans le syllabus, de créer et de maintenir un climat qui favorise l’apprentissage, de décider de la façon dont ils apprendront et de comment l’apprentissage sera évalué, de donner de la rétroaction qui permet à leurs pairs de s’améliorer.Weimer explique que les enseignants conservent généralement le contrôle de ces derniers volets de l’apprentissage, mais qu’ils pourraient impliquer davantage les étudiants dans certains choix: « When we relinquish some control and empower students to assume responsibility for learning-related activities, their motivation and self-directedness increases. That shared decision-making often motivates students to start taking on even more of those responsibilities essential for learning. » (Weimer, septembre 2017)

Dans un autre texte, elle rappelle que les enseignants peuvent difficilement créer un environnement qui favorise l’apprentissage sans la collaboration des étudiants:

« …[T]eachers can’t do everything it takes to create a constructive learning environment. If students decide not to speak in class, a participation policy that encourages interaction makes no difference. If students opt not to engage in the course activities the teacher has planned, those activities will not support learning. The teacher can lead, but if no one follows, the course doesn’t go anywhere. » (Weimer, mars 2017)

Selon elle, les étudiants sont responsables de leur propre apprentissage, mais aussi de soutenir les efforts de l’enseignant pour favoriser l’apprentissage et de soutenir l’apprentissage de leurs pairs.  Elle estime que les évaluations de l’enseignement n’aident pas à passer le message que le succès d’un cours est une responsabilité partagée:

« I don’t think the ways in which we solicit instructional feedback from students makes them aware of their roles in the course and how they can contribute to a successful learning experience.  […]  How about a midcourse evaluation titled something like, “How are we doing?” The students provide the teacher with some feedback—not so much on presentation skills but more on the climate for learning that exists within the course. In turn, the teacher provides the class (as a whole) with some feedback on their contributions to the well-being of the course… » (Weimer, mars 2017)

Enfin, dans un texte qui date de 2008, Barbara Licklider expose sa vision des responsabilités d’un enseignant.  Il s’agit bien plus que de simplement « passer de la matière »:

« …I believe many of us have come to accept a working definition that teaching means giving information, which I believe is only the beginning of teaching and certainly only a small part of learning. […] Memorization is not always learning because learning requires thinking. I am beginning to understand that the teacher’s greatest gift to the learner is helping the learner be motivated to think, and then to want to learn more. » (Licklider, 2008)

Selon Licklider, un bon prof…

  • connait et comprend les étudiants, comment ils se développent et apprennent
    (knows and understands students, how they develop and learn);
  • [pose] un diagnostic efficace des intérêts, des aptitudes et des connaissances antérieures des étudiants
    ([is an] effective diagnostician of students’ interests, abilities, and prior knowledge);
  • comprend la motivation et les effets des interactions entre pairs sur l’apprentissage
    (understand motivation and the effects of peer interactions on learning);
  • structure l’apprentissage afin que les étudiants collaborent de manière productive et coopèrent entre eux la plus grande majorité du temps de classe
    (structure learning so that students productively collaborate and cooperate with each other the vast majority of class time);
  • connaît sa matière et comment aider les étudiants à apprendre cette matière
    (know her subjects and how to help students learn those subjects);
  • utilise sa connaissance de la discipline pour exposer ses étudiants aux modes de pensée critique, pour les encourager à analyser, à appliquer, à synthétiser et à évaluer tout ce qu’ils ont lu et entendu
    (use [her] knowledge of the discipline to expose [her] students to modes of critical thinking, encouraging them to analyze, apply, synthesize, and evaluate all they read and hear);
  • examine continuellement [ses] méthodes d’enseignement et en développe de nouvelles
    (continuously examine [her] teaching methods and find new ones);
  • doit être un observateur de la société et des mondes en constante évolution dans lesquels vivent les étudiants … [afin de rester connecté avec eux…]
    (must be a student of society and the constantly changing worlds in which students live… [to remain connected to his students…]);
  • [constitue] le modèle de rôle le plus puissant
    ([is] the most powerful of role model);
  • traite toute personne avec dignité et respect, et […] s’attend à ce que [ses] étudiants fassent de même
    (treat all people with dignity and respect, and […] expect [his] students to do so also);
  • pose [constamment] des questions pour lesquelles il n’y a pas de « bonnes » réponses […] parce que l’utilisation efficace des questions est la stratégie la plus puissante dont un enseignant dispose pour aider les étudiants à apprendre
    (constantly try to ask questions for which there are no “right” answers […] for the effective use of questions is the most powerful strategy a teacher has to help students learn)  (Licklider, 2008, traduction libre).

Sources:

Licklider, Barbara, « My Philosophy of Teaching« , Faculty Focus, 27 août 2008

Weimer, Maryellen, « What Happens in a Course in a Shared Responsability« , Faculty Focus, 29 mars 2017

Weimer, Maryellen, « Getting Students to Take Responsibility for Learning« , Faculty Focus, 6 septembre 2017

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