Entrevue avec François Taddei sur la société apprenante

François Taddei* a participé comme conférencier aux Journée Innovations pédagogiques normandes (JIPN) portant le titre de Regards sur les compétences les 4 et 5 juillet 2017.  La conférence (vidéo ici) a pris la forme d’une entrevue où il a été invité à parler de la société apprenante.

Quelques éléments choisis de la conférence

  • On apprend plus vite d’un apprentissage documenté et partagé. On innove plus vite d’une innovation documentée et partagée.  La recherche connaît cette culture de documentation et de partage et la perpétue depuis longtemps.
  • La réflexivité dans les apprentissages conduit à apprendre à apprendre, ce qui permet l’apprentissage tout au long de la vie. La réflexivité sur les modes de gouvernance est encore peu courante, les universités faisant peu de recherches sur elles-mêmes.
  • La recherche en éducation serait, selon Taddei, pas encore structurée : il n’existe actuellement aucun laboratoire de recherche portant spécifiquement sur l’éducation. Pourtant, avec l’intelligence artificielle (IA), la robotique, le numérique, le big data, le rapid learning, il y aurait matière à recherche.
  • La singularité de l’intelligence humaine, comparée à l’intelligence artificielle, c’est qu’elle peut et elle a le devoir de s’interroger sur ce qui fait du sens pour optimiser des processus et ainsi faire plus que les machines.
  • La gouvernance d’aujourd’hui n’est plus hiérarchique : elle est soumise à des besoins de réactivité qui exigent de donner plus de liberté aux acteurs du terrain et de légitimiser les compétences et ce, à tous les niveaux.
  • Taddei endosse le point de vue des sciences cognitives selon lequel nous naissons tous chercheurs, c’est-à-dire que nous sommes capables d’expérimenter, d’apprendre de nos erreurs, de réviser nos hypothèses, d’observer le monde et de modifier nos idées préconçues.
  • La recherche et la curiosité sont des moyens d’explorer les possibles et il importe de passer d’un questionnement enfantin à un questionnement scientifique appuyé sur des méthodologies éprouvées.
    • Autre singularité de l’intelligence humaine : la curiosité, qui n’est pas inscriptible dans un algorithme.
  • Pour Taddei, les universités sont comme des hubs où sont concentrés des savoirs, des méthodologies, des équipements qui permettent de faire des recherches plus poussées. Il lui importe que soit enseigné la passion de la recherche mais également la recherche sur la manière dont on enseigne la recherche.  On revient à la réflexivité sur l’enseignement et à la nécessité de valoriser l’innovation pédagogique.
  • La progression exponentielle des savoirs, la capacité de calcul, l’intelligence artificielle et la robotique entraînent l’ubérisation des services offerts par des systèmes institutionnels bien en place. Pour Taddei, il s’agit d’une grande opportunité pour devenir auteur et acteur de la société apprenante.
  • Les étudiants d’aujourd’hui ont besoin comme jamais d’esprit critique pour démêler le vrai du faux qui circule, entre autres lieux, sur le web. C’est ici que devient cruciale la pédagogie par la recherche pour apprendre à apprendre et pour contribuer à la société apprenante.
  • Si le numérique a permis le décloisonnement dans l’espace et le temps, il importe d’être capable de s’y retrouver, d’évaluer et de faire du sens.
  • La force des universités serait de favoriser le dialogue entre étudiants et enseignants, dialogue au sens socratique.
  • Des recherches montrent que ce qui fait du sens, c’est la qualité de la relation à l’autre et la créativité: faire ensemble des choses nouvelles, des choses qui dépassent les limites cognitives individuelles afin de contribuer collectivement à la société apprenante.  Les étudiants aspirent à ça : devenir des citoyens du monde.

Un point de vue inspirant et éclairant pour qui désire mieux comprendre la réalité de l’heure en enseignement supérieur et le concept de société apprenante.

* Notes biographiques

  • François Taddei est polytechnicien, ingénieur en chef des Ponts, des Eaux et Forêts, docteur en génétique moléculaire et cellulaire et dirige à l’Inserm l’équipe « Ingénierie des systèmes et dynamiques évolutives ».
  • Il est le fondateur et directeur du Centre de Recherches Interdisciplinaires (CRI).
  • En 2012, il est lauréat de l’appel d’offre sur les initiatives d’excellence en formations innovantes (IDEFI). Il fonde alors l’Institut Innovant de Formation par la Recherche (IIFR).
  • En 2013, il initie Les Savanturiers – l’école de la Recherche, programme éducatif développé par le Centre de Recherches Interdisciplinaires, qui œuvre pour la mise en place de l’éducation par la recherche dans l’École : primaire, collège et lycée avec 156 classes parrainées et 1164 enseignants formés.
  • En 2014, il devient titulaire de la chaire UNESCO « sciences de l’apprendre ».
  • Il a reçu divers prix nationaux (Prix de la recherche fondamentale à l’Inserm et Prix Liliane Bettencourt pour les Sciences du Vivant) et internationaux (European Young Investigator Award, Human Frontier Science Program) pour ses publications dans les meilleures revues mondiales comme Nature, Science, Cell, PNAS, PLoS…
  • Membre Ashoka, il contribue à l’Ashoka Education Globalizer pour l’innovation et l’entrepreneuriat social.
  • Il est membre des Conseils scientifiques d’Universcience, et de la Direction Générale de l’Enseignement Scolaire du Ministère de l’éducation Nationale et s’est vu confier en septembre 2016 par la ministre de l’Éducation une mission sur la Recherche et Développement dans l’éducation.

Les propos de François Taddei ont fait l’objet de plusieurs dépêches (ici et ici, par exemple) par le passé.

 

Source –

Unicaen.  Conférence d’ouverture : vers une société apprenante (vidéo de 32 min).  Pod Unicaen.  5 juillet 2017.

Interne: L’Université de Montréal offrira un programme de mentorat pour les chargées de cours
Avis du Comité d’éthique du CNRS (France) sur le plagiat en recherche scientifique

Commentaires

  1. Sylvie Mathieu a écrit:

    Merci de rappeler ce texte!
    Je vais le faire suivre à des équipes programme que j’accompagne.
    Leur volonté de documenter leur processus de révision ou de création de programme pour apprendre et partager est réelle et souhaitée.

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