Lectures et visionnements d’été – les suggestions de nos rédacteurs

Déjà l’été!  À travers les vacances et la préparation de cours, on a parfois besoin d’inspiration.  Sans trop se prendre la tête, on apprécie néanmoins des occasions de réfléchir autrement aux rapports à la technologie, à l’enseignement, à l’apprentissage.  Plusieurs des rédacteurs de L’éveilleur vous proposent ici des livres, films et émissions télés pour animer vos mois de juillet et d’août.

Jean-Sébastien Dubé, coordonnateur de la veille et de la gestion des connaissances au Service de soutien à la formation (SSF), vous suggère l’un de ses films fétiches: Her (2013) du réalisateur Spike Jonze (Elle en version québécoise).  Gagnant de l’Oscar 2014 pour le meilleur scénario original, cette comédie dramatique met en scène un écrivain public (rédacteur professionnel de correspondances interpersonnelles) qui s’éprend d’une intelligence artificielle.  Si cette idée peut encore sembler complètement farfelue à certains spectateurs, le film l’aborde avec une grande sensibilité et laisse penser que ce genre de situation est peut-être plus proche qu’on pourrait le croire…  À voir notamment pour le jeu exceptionnel de Joaquin Phoenix (qui travaille le plus souvent seul) et de Scarlett Johansson/Julie Le Breton (qui n’apparaissent jamais à l’écran!). L’action se déroulant dans un futur proche, il s’agit bien de science-fiction mais on est très loin de Star Wars:

“Dans un genre fascinant qui offre des regards de plus en plus complexes et réalistes sur ce que les machines pensantes, apprenantes et capables d’évolution pourraient signifier pour notre monde et notre société, Her est assez courageux pour ignorer presque entièrement ces questions en faveur de ce que ces machines pourraient susciter au niveau de nos émotions. Her explore nos limites humaines non pas quant à l’intelligence, mais en lien avec nos besoins émotionnels comme la co-dépendance et l’attachement. C’est un regard profondément humain sur ce que l’avenir pourrait nous réserver et lesquelles de nos caractéristiques innées pourraient entraver notre route. Pas seulement notre incapacité à calculer Pi à la milliardième décimale, mais ces fragilités qui nous rendent justement humains ».

(CineFix, Top 10 Science Fiction Films of All Time, (video), YouTube, 14 juin 2017, 5 min 35 à 6 min 08; traduction libre)

Alain Mélançon, conseiller en communication à l’Agence de relations internationales, propose l’écoute de séries d’émissions de la chaîne française ARTE, disponibles sur le Web:

« Sur un ton ludique, au croisement de l’imaginaire et de la technologie, le magazine BiTS disponible sur ARTE, étudie la pop culture, le cinéma, les jeux vidéo, la culture du web, la bande dessinée ou la littérature. En recollant les morceaux ensemble, BiTS explore, mélange et confronte la foisonnante richesse de ces moyens d’expression et révèle les ponts entre culture traditionnelle et culture geek.

Toujours sur ARTE, Tous les internets – Le web contre-attaque propose chaque semaine des sujets pertinents pour ceux qui s’intéressent aux nouvelles formes de vigilance démocratique, d’émancipation ou de mobilisation liées au numérique. Disons que ça change de la vision nombriliste des médias américains sur la technologique, comme Mashable, TechCrunch ou même Wired. »


Sonia Morin
, coordonnatrice au SSF, rcommande d’abord Le Cercle de David Eggers, un livre qu’elle a trouvé dérangeant:

« Mae Holland est embauchée chez le fournisseur d’accès Internet le plus puissant du monde, le Cercle. La jeune femme goûte avec joie et étonnement au luxe des installations de l’entreprise et aux nombreux avantages proposés aux employés. Elle se sent extrêmement chanceuse, même si les moments de vie en dehors du travail deviennent de plus en plus rares et son personnage de plus en plus public. »

On est un univers similaire à celui d’Huxley (Le meilleur des mondes) ou d’Orwell (1984).  On y pousse les médias sociaux à un très haut degré d’invasion dans la vie privée.  Être connecté tout le temps, être transparent en tout temps… Très questionnant, voire inquiétant.  Le livre a été porté à l’écran au printemps 2017, en un film qui suit assez bien la trame du livre.
L’autre recommandation de Sonia est L’arrivée de Denis Villeneuve (2016), film qui l’a tout particulièrement envoûtée pour plusieurs raisons, dont les trois suivantes :

  • par sa réflexion linguistique sur le décodage d’un nouveau langage : graphie, son, mots (ou concepts, comme dans ce cas-ci);
  • par son approche pour entrer en contact, pour découvrir l’autre, un autre tout à fait différent de l’espèce humaine;
  • par une vision des extra-terrestres comme une société organisée, intelligente et non belligérante ou envahissante. Ce film lui a rappelé Rencontre du 3e type ou Close Encounter of the Third Kind (1977) de Steven Spielberg)

Synopsis

« Lorsque de mystérieux vaisseaux spatiaux atterrissent un peu partout à la surface du globe, une équipe d’élite avec à sa tête, l’experte-linguiste Louise Banks et le mathématicien Ian Donnelly sont dépêchés sur les lieux pour investiguer le phénomène. Alors que l’Humanité est sur le point de basculer dans une guerre planétaire, Banks et son équipe, dans une course effrénée contre la montre, tentent de trouver des explications. Mais pour ce faire, elle pourrait mettre sa propre vie en péril et, peut-être même, celle de l’Humanité tout entière. »


Francheska Gaulin
, coordonnatrice au SSF, a d’abord choisi le film documentaire « Un homme, une pédagogie » de Serge Planchou.

Portrait d’Antoine de la Garanderie (1920-2010), philosophe, pédagogue et précurseur des sciences cognitives en enseignement. On y découvre également ses pratiques pédagogiques avant-gardistes qui permettent aux apprenants de découvrir leur propre façon d’apprendre. Selon de la Garanderie, apprendre comment j’apprends devrait faire partie du curriculum de tous les élèves.

Son deuxième choix est le livre blanc « Les émotions dans l’enseignement à distance » de Sydologie.

 

Parce que l’enseignement à distance et l’intelligence artificielle sont de plus en plus au coeur de l’apprentissage, cette étude qualitative qui s’intéresse à l’outil iMotions (logiciel de cueillette et d’analyse de données biométriques avec webcam et système «eyetracking»), nous donne un avant-goût de tous les possibles en formation. On y découvre entre autres quels sont les effets d’une vidéo explicatives sur un apprenant.

Éric Chamberland, conseiller pédagogique et coordonnateur-adjoint de la veille et de la gestion des connaissances au SSF, recommande pour sa part le livre How Learning Works: Seven Research-Based Principles for Smart Teaching.

Ce livre est rédigé pour des gens qui s’intéressent à la pédagogie, mais qui n’en sont pas des experts. Il est écrit dans un langage accessible et il présente chacun des principes avec des mises en situations auxquelles on peut facilement s’identifier. Tout en adoptant cette approche conviviale, le contenu est rigoureusement appuyé par la recherche scientifique pertinente. Comme le dit Richard Mayer dans sa préface, quand on veut apprendre sur la pédagogie en tant que praticien, il y a les sources « trop dures », s’adressant aux experts; les sources « trop molles », accessibles mais peu ou pas appuyées par la recherche; et finalement les sources « juste bien » : accessibles et bien appuyées par la recherche. How Learning Works est résolument dans cette dernière catégorie.

Sa deuxième suggestion est le blogue You Are Not So Smart du journaliste scientifique David McRaney.

Le blogue et la baladodiffusion qui l’accompagnent rendent compte de la recherche sur l’aveuglement (self-delusion) ainsi que les divers biais cognitifs qui influencent notre façon de penser, nos émotions et nos comportements. On y apprend à quel point nous sommes parfois soumis à des influences internes et externes dont nous ignorons tout, mais aussi comment prendre conscience et se protéger de ces influences, et même parfois comment en tirer parti pour s’auto-influencer dans le sens de nos objectifs personnels. McRaney a écrit deux livres sur ces sujets (un 3e est en cours de rédaction)

Véronique Tremblay, conseillère en communication au SSF et au Centre universitaire de formation continue, nous suggère : Julie-Victoire : Le roman de Julie-Victoire Daubié, première bachelière de France.

La biographie de Julie-Victoire Daubié, institutrice, journaliste et écrivaine, mais surtout la première bachelière et première licenciée ès lettres de France qui lutta contre l’assujettissement des femmes. Née dans les Vosges en 1824, elle consacrera sa vie à la lutte pour les droits et l’émancipation des femmes. Avec cette biographie romancée, l’auteur Gilles Laporte raconte avec détails la vie de cette femme combattante.

Véronique Bisaillon, conseillère pédagogique à l’éducation au développement durable rattachée au vice-rectorat à l’administration et au développement durable a les propositions suivantes pour alimenter notre réflexion et notre expérience en nature.

Ecological Literacy: Education and the Transition to a Postmodern World, de David Orr (1992, S.U.N.Y. Press, NY).

Dans cet ouvrage, comme dans plusieurs de cet auteur (Hope is imperative), David Orr publie un recueil d’essais sur l’éducation. Il s’intéresse au rôle de l’éducation à l’égard des enjeux sociaux et environnementaux auxquels nos sociétés font face. Plus précisément, il soutient que toute éducation est par nature liée à un contexte, à son environnement. « By what is included or excluded we teach students that they are part of or apart from the natural world.” P. 90.  Dans cet esprit, la forme (pédagogie) est aussi importante que le contenu de l’enseignement. Bref, ce livre comme l’ensemble de ses écrits (dont plusieurs essais sont disponibles en ligne) s’inscrit dans un plaidoyer visant à revisiter ce puissant véhicule qu’est l’éducation.

Les propos d’Orr sont liés à ceux de Richard Louv, qui publiait en 2005 Last Child in the Woods où il exposait le déficit de nature. Dans la même veine, François Cardinal publiait en 2010 Perdus sans la nature.

Et en mode ludique à lire peut-être en famille autour d’un feu de joie cet été, Véronique nous recommande Dr. Seuss. Hooray for Diffendoofer Day! de Jack Prelutsky et Lane Smith.

Pour ceux qui croient que l’apprentissage devrait être plaisant, visitez l’école Diffendoofer et rencontrez Mme Bonkers. Cette école colorée est le lieu où les enseignants et le personnel rivalisent d’originalité pour offrir toutes sortes d’expériences d’apprentissage aux élèves : écouter, sentir, rire, crier (!), lire dans sa tête plus fort (!), distinguer un chrysanthème d’un caniche miniature ou à transformer des bas et des pailles en cornemuse.

Derrière cet ouvrage ludique s’adressant à un jeune public, se cache une réflexion sur l’apprentissage actif et expérientiel et l’importance du plaisir dans le processus d’apprentissage.

Disponible en anglais seulement. Voir aussi sur YouTube.

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