« Créativité et enseignement », un thème populaire à l’automne 2017

Même lorsqu’une activité fonctionne assez bien, même lorsqu’un numéro spécial du Perspectives SSF semble rejoindre son lectorat, il peut subsister des doutes: cette thématique correspond-t-elle vraiment à une tendance lourde? A-t-on eu raison d’interpeller le personnel enseignant quant à l’importance d’un sujet plutôt que d’un autre?

Voilà pourquoi j’éprouve une certaine satisfaction lorsque je constate que d’autres organisations s’intéressent aux mêmes sujets que ceux que nous avions retenus.  Dans le cas qui nous intéresse, le fait que le quotidien français Le Monde, que l’Association canadienne des conceptrices et concepteurs pédagogiques (ACCP-CAID), que L’école branchée s’emparent aussi des thèmes connexes de l’enseignement de la créativité et de la créativité dans l’acte d’enseigner me rassure.

Dans le cas du Monde, c’est un débat sur l’apprentissage de la créativité qui est organisé dans le cadre du « Monde Festival » à l’Amphithéâtre de l’Opéra Bastille, le dimanche 24 septembre, de 11h30 à 13h00.  Ce débat réunira la comédienne Judith Henry, le compositeur Marc-Olivier Dupin et l’universitaire anglais Sir Ken Robinson (dont nous avons parlé à diverses reprises).  Ce qui frappe, c’est que leur prémisse est très proche de la nôtre:

Dès l’an 2000, l’OCDE annonçait l’avènement d’une « société créative » au XXIe siècle, produit d’évolutions techniques qui allaient favoriser l’expression de la créativité individuelle et l’émergence de « sociétés apprenantes créatives » en phase avec l’avènement annoncé de « l’économie du savoir ».

Dix-sept ans plus tard, les progrès de l’intelligence artificielle semblent donner raison à cette prédiction : la créativité s’impose comme une compétence-clé, encore peu susceptible d’être concurrencée par l’automatisation.

Les systèmes éducatifs sont-ils organisés pour l’enseigner ? Et d’ailleurs, s’enseigne-t-elle ? Si oui, quels rapports entretient-elle avec la contrainte – comment, par exemple, le comédien trouve-t-il sa liberté dans un cadre contraint par un texte, un espace, une mise en scène ? L’éducation artistique a-t- elle des idées – voire des leçons – à donner à l’éducation en général pour libérer la créativité des élèves et des étudiants ? (Le Monde, 22 juin 2017)

Et encore… (voir aussi notre dépêche sur les impacts de l’intelligence artificielle)

Pour la première fois de l’histoire, les métiers reposant sur la maîtrise de gestes physiques répétitifs ne sont plus les seuls à être menacés par l’automatisation. Les progrès fulgurants de l’intelligence artificielle affectent aujourd’hui des fonctions accessibles à bac + 3 et au-delà, niveaux auxquels, jusqu’ici, l’on se savait à l’abri de la robotisation.

Du droit à la médecine, de l’architecture à l’expertise comptable, du journalisme à l’enseignement, des technologies se substituent à l’homme dans la réalisation de tâches liées aux capacités de mémorisation, à l’analyse de grands volumes de données ou à la mise en œuvre de certaines procédures intellectuelles (trier, comparer, évaluer…).

En réponse à cette mutation, universités et grandes écoles accordent une place croissante aux compétences dont on peut faire l’hypothèse qu’elles resteront le propre de l’homme, au premier rang desquelles la créativité. A rebours de l’enseignement scolaire, qui délègue – et relègue – à l’école maternelle la transmission de ces compétences pourtant jugées stratégiques par les employeurs. (Davidenkoff, 2017)

Quant à l’ACCP, elle a choisi cette thématique de sa prochaine série d’ateliers de perfectionnement du 31 octobre 2017 : « Conception pédagogique et créativité ».  Ils entendront différentes conférences:

  • Thème 1 – Concevoir, accompagner et évaluer des activités de résolution cocréative de problèmes avec le numérique (Résumé)
    (Cet exposé sera présenté en français.)
    Présenté par Margarida Romero, Ph.D., professeure en Technologie éducative, Faculté des cciences de l’éducation, Département d’études sur l’enseignement et l’apprentissage, Université Laval.
  • Thème 2 – Devenir créatif en conception pédagogique (Résumé)
    (Cet exposé sera présenté en anglais.)
    Présenté par Richard A. Schwier, professeur émérite, Technologie et conception éducationnelles, Université de la Saskatchewan.

Ici encore, le descriptif frappe par les mêmes préoccupations qui sous-tendent ces discussions:

Parmi les compétences du 21e siècle, la créativité est considérée comme essentielle. Celle-ci prend plusieurs formes. Comment la créativité intervient-elle dans le processus de conception? Est-ce qu’être créatif y est essentiel? Comment mettre à profit la créativité et pourquoi? Guidés par les réflexions de conférenciers et conférencières, les ateliers de la série 6 aborderont ce thème sous divers angles. (ACCP-CAID, 2017)

Enfin, L’école branchée a tenu un premier CréaCamp le 18 mai dernier, et deux autres sont prévus pour le 30 septembre et le 17 novembre 2017 à Montréal.  Il s’agit d’événements de formation continue qui permettent aux enseignants des ordres primaire et secondaire d’approfondir un sujet créatif en compagnie de mentors le temps d’une journée.  En mai dernier, les sujets abordés étaient:

  • la robotique,
  • la programmation (le « codage »),
  • l’apprentissage par le jeu,
  • l’opportunité de remixer les arts et les maths avec le numérique.

À quand un CréaCamp pour enseignants universitaires?

Sources:
ACCP-CAID, « Série 6 : Conception pédagogique et créativité« , page Atelier, 2017

Peut-on apprendre à devenir créatif ?, Le Monde, 22 juin 2017

Davidenkoff, Emmanuel, « Donner une vraie place à la créativité à l’école« , Le Monde, 26 juin 2017

Miller, Audrey, « Le CréaCamp, une formation continue créative pour les enseignants« , L’école branchée, 12 juin 2017

 

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