Impacts de l’intelligence artificielle sur les professions: la formation universitaire s’adapte-t-elle?

En avril dernier, l’émission La sphère de Radio-Canada évoquait les impacts de l’intelligence artificielle (IA) sur la recherche et la profession médicale, notamment en neurologie, radiologie, dermatologie, oncologie, etc.  Dans la présente dépêche nous évoquons certaines conséquences de l’IA sur la profession juridique.  L’objectif d’attirer l’attention sur de telles nouvelles est de soulever une question: est-ce que les programmes universitaires forment les futurs professionnels à cette réalité toute proche de l’intelligence artificielle dans les professions? Il ne s’agit pas de prétendre que ces professions disparaîtront, mais bien qu’elles seront transformées de manière fondamentale par le soutien d’agents intelligents qui prendront en charge plusieurs tâches de recherche de données et de repérage.  Les étudiants universitaires sont-ils sensibilisés à ce qui ne manquera pas de bousculer profondément la manière qu’ils auront d’exercer?

Le chiffre frappe l’imagination.  Début juin, COIN, un nouveau logiciel acquis par la firme JPMorgan « aurait fait en une seconde un travail de… 360 000 heures! »  Cette IA « interprète les accords de prêts commerciaux (en faisant en plus nettement moins d’erreurs que les humains!) » (Jung, 2 juin 2017).  Alors que l’on pense généralement aux conséquences de l’automatisation pour les secteurs industriels et manufacturiers, l’intelligence artificielle entre dans les bureaux des professionnels dans plusieurs filières.

Pour Dominic Jaar, associé chez KPMG et leader national, enquêtes technologiques: « On peut adopter les nouvelles technologies et s’en servir pour être efficace, où se faire tasser par les autres qui prendront le pli. Ceux qui ne vont pas embrasser cette 4e révolution risquent de vivre la situation qu’ont vécu les chauffeurs de taxis avec Uber. La question n’est pas de savoir si elle arrivera, mais bien quand » (Jung, 2 juin 2017).

Dans un second article, Delphine Jung explique que le Québec accuse un retard par rapport à l’Ontario et aux États-Unis quant à l’intégration de logiciels d’intelligence artificielle dans leurs processus.  Voilà qui peut sembler paradoxal si l’on considère que Montréal devient une plaque tournante mondiale de l’IA.  Selon Dominic Jaar de KPMG, on peut constater « « un inconfort » par rapport aux nouvelles technologies dans les tribunaux québécois ».

« Les plus jeunes sentent en tout cas le filon. Maxime Lussier a récemment lancé deux applications sur une plateforme baptisée « Redox » avec Nicolas Saudrais. Détenteur d’un bac en droit et en train de faire une maîtrise en fiscalité à l’Université de Sherbrooke, M. Lussier explique: « lorsque j’ai fait mon stage, j’ai effectué beaucoup de tâches répétitives… J’ai appris à programmer par la suite et je me suis dit qu’il serait intéressant de proposer quelque chose qui serait un accélérateur de tâches répétitives ».

[…]

Pour lui, l’utilisation de l’IA et d’outils de traitement de tâches répétitives va permettre « de redonner au travail de l’avocat sa juste valeur. Au lieu de s’occuper de la paperasse, il aura plus de temps pour être à l’écoute de ses clients ou en chercher de nouveaux ». » (Jung, 14 juin 2017, gras dans la citation originale)

Les recherches menées par Dana Ramus, professeur de droit à l’Université de Caroline du Nord, et Frank Levy, économiste au MIT, ont déterminé que « toute nouvelle technologie juridique va entraîner une baisse de 13 % de leurs heures de travail ».  « Tout en reconnaissant la « baisse des coûts, baisse des risques d’erreur humaine », les membres de l’Association internationale des jeunes avocats (AIJA) s’inquiètent des menaces suivantes:

  • perte d’emploi au niveau des postes traditionnels ou d’entrée de gamme,
  • perte d’expérience pour les jeunes avocats,
  • questions de contrôle et de sécurité.  » (Jung, 2 juin 2017)

« Les créateurs des programmes en intelligence artificielle assurent que le conseil client, la rédaction de mémoires juridiques, la négociation et évidemment la plaidoirie, resteront des compétences propres aux avocats. » (Jung, 2 juin 2017)

Sources:

Radio-Canada Première, Audio-fil, émission La sphère, 29 avril 2017

Jung, Delphine, « Les logiciels «intelligents» menacent-ils la profession d’avocat ?« , Droit-Inc (site web), 2 juin 2017

Jung, Delphine, « IA: les avocats québécois en retard« , Droit-Inc (site web), 14 juin 2017
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Commentaires

  1. Jean-Sébastien Dubé a écrit:

    Autre point de vue: Rettino-Parazelli, Karl, « La robotisation aura des impacts limités, selon un dirigeant de l’OCDE », Le Devoir, 19 mai 2017
    http://www.ledevoir.com/economie/actualites-economiques/499114/l-asdeq-et-l-economie-robotisee

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