Créativité: entraîner l’esprit à transgresser les règles

Ma collègue Sonia Morin me suggère un article étonnamment dense compte tenu de sa brièveté.  Richard-Emmanuel Eastes, chercheur associé au Muséum d’histoire naturelle de Neuchâtel (Suisse) et au Laboratoire de didactique et d’épistémologie des sciences de l’Université de Genève et membre-fondateur du groupe Traces, groupe de réflexion et d’action sur la science, sa communication et son rapport à la société. Il est également coach et consultant académique auprès de la société SEGALLIS (Suisse).

En quatre pages bien aérées, il réussit à…

  • définir le terme « créativité » et en expliquer l’origine (travaux de Guilford, 1956),
  • distinguer entre quatre « variables de la créativité » (+1):  fluidité (maximum d’idées en un temps donné), flexibilité (maximum de « catégories » d’idées différentes), originalité (idées inédites et rares), capacité à élaborer (degré de sophistication d’une idée) et lâcher-prise (ne pas céder à l’auto-censure),
  • donner des exemples illustrant les notions précédentes,
  • affirmer que les compétences créatives sont acquises et non innées,
    • « Ces compétences créatives s’entraînent […] …mais la gratification est toujours au rendez-vous lorsque l’esprit, enfin assoupli, est devenu plus impertinent, plus explorateur. » (Eastes, 2017)
  • interroger l’apport des neurosciences,
    • «…[L]a « zone cérébrale de la créativité » n’est pas prêt d’être identifiée et très peu de recherches en neurosciences sont capables d’éclairer significativement notre compréhension des processus créatifs… » (Eastes, 2017)
  • opposer (encore!) créativité et pensée rationnelle
    • « L’état créatif » se résume essentiellement à sortir de nos schémas de pensée habituels, à inhiber nos réflexes cognitifs classiques, à transgresser certaines règles logiques et à établir des liens inattendus ou usuellement interdits. Il s’atteint dès lors en cultivant des attitudes et des traits intellectuels que les enseignements scientifiques s’efforcent traditionnellement de juguler, à juste raison au regard de l’importance de l’exigence de rationalité qu’imposent à la fois l’organisation démocratique et le développement technologique de nos sociétés occidentales. » (Eastes, 2017)

Il conclut en posant des questions assez fondamentales pour nos institutions d’enseignement supérieur, me semble-t-il:

« Si à l’instar des métiers de l’art et de la science, il est prévisible que bien des activités professionnelles nécessitent à l’avenir de larges compétences créatives et collaboratives, l’apprentissage de ces dernières doit-il succéder ou précéder l’acquisition de connaissances structurées ? Est-il préférable d’attendre que les esprits soient déjà formés avant de les assouplir ou d’ensemencer les connaissances objectives et rationnelles sur des terrains aussi meubles que possible pour éviter qu’elles ne les stérilisent trop vite ? La réponse passe probablement par un délicat équilibre, qui ne fera pas l’économie de rapports de force quasi idéologiques… » (Eastes, 2017)

Bref, une lecture qui vaut le coup, même si on reste forcément un peu en surface…

Source – Eastes, Richard-Emmanuel, « Peut-on décrire les processus créatifs? », blogue « Savoirs en société » – The Conversation, 23 mars 2017

 

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