Regards critiques sur Visible Learning, une synthèse de 800 méta-analyses en éducation

Le professeur John Hattie a publié en 2008 une synthèse colossale de 800 méta-analyses de la recherche en éducation sous le titre Visible Learning : A Synthesis of Over 800 Meta-Analyses Relating to Achievement. Le livre, suivi d’autres livres qui vont plus en détail pour certains aspects, a fait grand bruit et beaucoup alimenté les discussions sur le courant de l’éducation fondée sur les données probantes.

Hattie s’est intéressé à un certain nombre de pratiques éducatives ou de formules pédagogiques pour voir jusqu’à quel point elles sont efficaces, calculant leur taille d’effet à partir des méta-analyses consultées. On peut consulter le site de Visible Learning pour se renseigner sur les principales conclusions de cette synthèse.

Si l’approche quantitative a ses avantages, elle n’est pas sans inconvénients. Lucie Barriault du réseau d’information pour la réussite éducative (RIRE) résume quelques-unes des critiques récentes adressées à cette façon d’évaluer les pratiques éducatives. Elle avait déjà écrit sur les résultats de Hattie auparavant. Les critiques qu’elle rapporte :

  • La sélection des études exclut, par définition, les recherches qualitatives, qui permettent d’étudier certains phénomènes ou certains aspects de phénomènes qui se prêtent mal à une approche quantitative.
  • Les méta-analyses regroupent les résultats d’études portant sur des pratiques nommées de la même façon, mais qui peuvent néanmoins avoir des variations très importantes d’une étude à l’autre. Un indice composé d’efficacité pourrait donc être trompeur dans certains cas.
  • On ne s’intéresse pas suffisamment aux conditions de succès des pratiques analysées. Il est possible qu’une méthode ait été reconnue comme peu efficace parce qu’elle n’a pas été assez étudiée dans des conditions optimales d’implantation, ou parce que la connaissances de ces éventuelles conditions n’a émergé qu’au fil du cumul de la recherche.
  • On ne s’intéresse pas non plus suffisamment aux particularités des disciplines enseignées et à d’autres facteurs contextuels.
  • L’approche s’inscrit dans une logique de rendement, d’efficience, que l’on peut remettre en question sur diverses bases épistémologiques et idéologiques.

Ces critiques sont fort à propos, mais elles n’enlèvent pas toute valeur à Visible Learning. Elles permettent toutefois de nuancer l’enthousiasme débordant dont font preuve certains tenants d’une interprétation plutôt radicale du courant des données probantes en éducation. Elles encouragent à regarder les choses plus en profondeur qu’un simple calcul de taille d’effet avant de faire des choix pédagogiques.

Et elles nous rappellent aussi l’importance des études qualitatives, qui peuvent être menées avec autant de rigueur que les études quantitatives (qui ne sont elles-mêmes pas toujours si rigoureuses : il ne suffit pas de quantifier pour être rigoureux, loin s’en faut).

Et elles mettent en lumière que derrière les diverses interprétations de l’éducation fondée sur les données probantes, il y a des positions épistémologiques et idéologiques implicites et explicites qui peuvent et qui doivent être confrontées.

Le débat se poursuit.

Source: Barriault, Lucie (2017) Un portrait critique des travaux de John Hattie. Réseau d’information pour la réussite éducative. 20 février 2017.

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Commentaires

  1. Marc Couture a écrit:

    « L’efficacité d’une méthode d’enseignement dépendrait donc, entre autres, des objectifs d’apprentissage visés, ce dont le classement global de Hattie ne tiendrait pas compte. ». Si c’est vrai, l’approche de Hattie a effectivement un assez gros problème méthodologique… Merci d’avoir partagé ce point de vue!

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