Les sciences humaines numériques vues par trois professeurs : rapport d’étonnement

Le 7 mars dernier se tenait l’activité Humanités numériques et sciences humaines : enjeux disciplinaires et interdisciplinaires , organisée par la Faculté des lettres et sciences humaines.  Les professeurs François Claveau (Philosophie et éthique appliquée), Sylvain Rocheleau (Lettres et communications) et Léon Robichaud (Histoire) ont tour à tour abordé la question, essentiellement du point de vue de la recherche.

On connaissait le forage de données (data mining), et voilà qu’on parle maintenant le moissonnage (ou de récolte) de données ou du web (data harvesting et web harvesting).  L’Office québécois de la langue françaises définit moissonnage du web comme une technique d’extraction automatique de données sur le Web dans le but d’utiliser celles-ci, après traitement, dans un autre contexte.

J’ai retenu des propos des trois professeurs que les sciences humaines numériques comportent plusieurs défis :

  • l’appropriation des outils numériques pour traiter la somme astronomique de données disponibles
  • l’apprentissage du codage, car parfois il faut savoir coder pour « décoder » les données disponibles
  • la publication des bases de données comme publication scientifique;
  • l’existence d’un site collaboratif et interactif : Microfiches;
  • l’existence d’un site qui permet de « visualiser » les données : The Bibliometric History of Specialties in Economics;
  • la nécessité de garder en tête les questions à explorer et ne pas se laisser happer par la spirale des questions qui peuvent émerger à « jouer » avec les données;
  • les besoins de plans pour la gestion et la pérennisation des données : infrastructure, lieux de dépôts et de sauvegarde, accès et confidentialité des données, éthique… Ces défis ne semblent pas encore pris en compte dans le financement des projets de recherche.

Du point de vue de l’enseignement, les professeurs sont convaincus qu’il est important d’aborder les sciences humaines numériques au 1er cycle, dans des cours à option, par exemple, et de faire en sorte que les étudiants apprennent à utiliser les outils numériques disponibles.

Est-ce suffisant?  Peut-on encore imaginer former sans tenir compte de l’omniprésence du numérique et ce, même en sciences humaines?

Selon Serge Proulx professeur titulaire à l’École des médias de l’Université du Québec à Montréal, professeur associé à Télécom ParisTech et directeur du Groupe de recherche et observatoire des usages et cultures médiatiques (GRM),

[d]ans la société hyperconnectée, l’apprentissage du code informatique par tous les citoyens et citoyennes – les jeunes autant que les plus vieux ! – constitue une clé pour acquérir un minimum de contrôle personnel et social sur l’environnement numérique qui nous envahit un peu plus chaque jour. Une manière, en somme, d’éviter l’aliénation et l’abêtissement du « tout-numérique ».

Son billet d’août 2014, fait état d’une subvention accordée par la National Science Foundation (NSF)

à un consortium interdisciplinaire formé de chercheurs en provenance de trois laboratoires américains, pionniers dans la recherche sociale en matière de technologies numériques : le Media Lab (MIT), le Digital Media and Learning Research Hub (Université de Californie à Irvine) et le Berkman Center for Internet & Society (Université Harvard.  […]  L’apprentissage du codage informatique constitue l’élément-clé du projet d’alphabétisation au monde numérique (NDLR : notre emphase) dans lequel nous sommes appelés à circuler. Pour réussir personnellement et professionnellement dans la société du tout-connecté, les jeunes de tous les milieux doivent apprendre à s’exprimer et à créer au moyen des technologies numériques. Pour ce faire, ils doivent apprendre à programmer de manière à pouvoir inventer les dispositifs numériques qui les aideront à réaliser leurs rêves.

L’apprentissage du code semble donc un élément clé de la littératie numérique.

Sources –
Cournoyer, Audrey.  Humanités numériques : où en sommes-nous?  Université de Sherbrooke – Actualités- Nouvelles.  21 février 2017.

Proulx, Serge.  Apprendre le code informatique, une clé pour s’approprier le monde numériqueBlogue des PUQ.  8 mars 2014.

 

« Ils pensent que tout leur est dû » (student entitlement)
Plusieurs façons d’expliquer sa recherche selon l’interlocuteur

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