« Ils pensent que tout leur est dû » (student entitlement)

En préparation d’une activité pour le Mois de la pédagogie universitaire 2017, j’ai effectué quelques lectures sur l' »attitude d’ayant-droit » (entitlement) d’une minorité d’étudiants qui s’attendent à une note de A ou B pour avoir fait le minimum du travail ou encore qui croit que le diplôme leur est dû du simple fait de payer pour leurs études.  Parfois, l’arrogance de certains de ces étudiants peut se rendre jusqu’à l’incivilité, le manque d’attention ou de respect, voire l’intimidation.  Lippmann et al. (2009) définissent de tels comportements comme…

« …[A] self-centered disposition characterized by a general disregard for traditional faculty relationship boundaries and authority.  Further, the behaviors and attitudes which stem from this disposition often reflect a sense of being owed an assessment of performance inconsistent with students’ actual effort or work…« 

On associe souvent de telles attitudes à une tendance consumériste chez les étudiants actuels, mais les facteurs sont multiples.  Outre le consumérisme (que les auteurs relient à la hausse du coût des études et au marketing universitaire), on observe:

  • des changements dans les normes culturelles et les attentes des étudiants quant à l’éducation supérieure;
  • l’inflation des notes, notamment dans le cas de chargés de cours ou de professeurs débutants pour qui les évaluations étudiantes ont un impact direct sur la poursuite de leurs carrières;
  • des caractéristiques générationnelles proches du narcissisme associées à une importante valorisation de l’estime de soi des enfants.

Notons que, selon Lippmann et al. (2009),  la perception des études universitaires et des professeurs aurait changé:

« …[E]ducation is increasingly viewed as a ‘ticket’ to a better job or more income than as a means for greater self awareness and recognition of one’s place in society. »

« …[S]tudents now see professors less as intellectual leaders who are to be respected and more as simply gatekeepers (even impediments) on the students on the students’ path to educational completion and the desired better job… »

Steven Bell, bibliothécaire associé pour la Temple University, résume bien la situation lorsqu’il écrit: « As I see the problem, many students expect one type of college experience while their faculty believes in delivering something completely different. The result disconnect, manifested in students’ awful behavior, is owing to the gap between the desired and actual experience… »

Dans un Faculty Focus (2011) sur le sujet, Maryellen Weimer se base sur Lippmann et al. pour suggérer six réponses possibles à ce problème:

  1. rendre ses attentes explicites auprès des étudiants (ex: critères de correction);
  2. mettre l’étudiant devant la possibilité d’une baisse de note s’il demande une révision (autrement la demande est à coût nul pour lui);
  3. donner des exemples d’excellents travaux (anonymisés, bien sûr);
  4. demander aux étudiants d’expliquer par écrit pourquoi ils croient mériter davantage (cela permet un certain détachement émotionnel de part et d’autre);
  5. ‘re-socialiser » étudiants et enseignants face à leurs responsabilités respectives (responsabilité face à l’apprentissage pour les étudiants et responsabilité de mieux connaître la génération actuelle pour les enseignants);
  6. réclamer une réponse institutionnelle à ce problème (ex: des séminaires de première année où les étudiants apprennent les exigences universitaires).

Dans les textes consultés, d’autres suggestions de réponse vont des plus restrictives aux plus libérales.  La professeure Barbara Holdcroft (2014) suggère de revenir au titre de « professeur [nom de famille] » pour les étudiants et entre collègues afin de bien démarquer qu’enseignants et étudiants ne sont pas égaux.  Elle propose de documenter chaque incident et de les rapporter au directeur de département et au doyen.  De son côté, Steven Bell estime que les enseignants doivent créer une relation de confiance et de crédibilité, expliquer pourquoi les étudiants devraient les écouter et développer leurs cours pour répondre à certaines attentes de la génération actuelle.

Lippmann et al. rappellent qu’il s’agit bien d’une minorité, mais que ces quelques étudiants peuvent être très exigeants et chronophages pour l’enseignant.  D’où l’importance de s’attaquer au problème.

Sources:
Bell, Steven J., « Antidote for Entitled ‘Customers‘ », Inside Higher Ed, 29 juillet 2011
Holdcroft, Barb, « Student Incivility, Intimidation, and Entitlement in Academia », American Association of University Professors, mai-juin 2014
Lippmann, Stephen, Bulanda, Roland E., Wagenarr, Theodore C., « Student Entitlement: Issues and Strategies fo Confronting Entitlement in the Classroom and Beyond », College Teaching, vol, 57, no. 4, Automne 2009, pp. 197-204
Weimer, Maryellen, « Student Entitlement: Six Ways to Respond », Faculty Focus, 26 août 2011

10 façons de réaliser des économies d'échelle en formation, sans sacrifier la qualité: trop beau pour être vrai?
Les sciences humaines numériques vues par trois professeurs : rapport d'étonnement

Commentaires

  1. J Harnois a écrit:

    Très intéressant! Merci Jean-Sébastien!

Exprimez-vous !

*