Pour contrer la nouvelle automatisation, des métiers d’interactions de proximité

Essai saisissant d’Yves Caseau, chef de l’Agence numérique du Groupe AXA, qui annonce une vague d’automatisation des emplois jamais vue imputable à l’apparition de nouvelles machines.  On se rapproche ici de scénarios qui semblaient de la science-fiction il n’y a pas vingt ans…

S’il y a trois types de métiers (production, transactions, interactions), Caseau estime que les premiers seront remplacés par des robots, les seconds par l’intelligence artificielle.

« …Je vous renvoie au deuxième livre de Erik Brynjolfsson et Andrew McAfee, « The Second Machine Age », pour vous convaincre qu’une nouvelle vague d’automatisation arrive à grand pas, avec une accélération spectaculaire lors des dernières années de ce qui est possible. Les auteurs reviennent en détail sur des avancées telles que les diagnostics médicaux par une intelligence artificielle, les véhicules autonomes ou les robots qui écrivent des articles pour les journaux. Pour reprendre une de leurs citations : « Computers and robots are acquiring our ordinary skills at an extraordinary rate”.  » (Caseau, 2016)

Élément intéressant, il serait faux de croire que cet automatisation-ci ne concernera que les métiers manuels:

« Une des conséquences de l’état de l’art en IA est que l’automatisation des emplois peut commencer par des emplois d’experts et non de généralistes. […] [L]es exemples abondent de domaines pour lesquels l’algorithme fait mieux que l’humain, mais ce sont précisément des domaines d’experts avec une question bien définie (quel portefeuille d’investissement construire, quel diagnostic sur une tumeur possiblement cancéreuse, …) et une très grande volumétrie de données disponibles… » (Caseau, 2016)

Et pour cause: ce n’est pas que la tâche qui s’automatise, c’est tout le milieu de travail…

« Cette notion d’automatisation des emplois est un raccourci qui est probablement trompeur, dans le sens que plutôt d’avoir des robots et des logiciels d’intelligence artificielle qui vont remplacer des humains un par un, c’est l’environnement complet qui devient “intelligent”. La combinaison de robots, d’objets connectés, de senseurs, et de logiciels “intelligents” ubiquitaires (répartis depuis le cloud jusque dans l’ensemble des processeurs invisibles qui nous entourent) crée l’environnement de travail “assisté” dans lequel moins d’humains réalisent plus de choses, mieux et plus vite. » (Caseau, 2016, emphase dans le texte original)

Ces éventualités amènent Caseau à souscrire à des thèses assez catastrophistes comme celle du rapport Frey-Osborne (dont nous avions déjà parlé) qui estime que 47 % des emplois américains actuels pourraient disparaître dans cette prochaine vague d’automatisation.

Restera la troisième catégorie de métiers (interactions) qui offrira la plupart des emplois du futur:

« …[I]l est quasi-impossible de lutter contre l’automatisation des fonctions de production et de transaction dans une économie mondialisée (il y aura toujours un acteur quelque part pour tirer le meilleur parti économique de la technologie), tandis que l’activité d’interaction n’est pas dé-localisable par définition et reste donc sous la juridiction économique des états. » (Caseau, 2016)

« …On retrouve dans son livre [A Whole New Mind de Daniel H. Pink] les talents de demain comme le « story telling », le « design », la « créativité », l’empathie ou le jeu. Ces métiers d’interaction de demain ne sont pas issus de nouveaux domaines à créer, mais pour leur grande majorité la continuité des métiers d’interaction d’aujourd’hui.  Santé, bien-être, ordre public, éducation et distraction vont continuer à être les principaux fournisseurs de travail pour les décennies à venir. » (Caseau, 2016, nos emphases)

Caseau se base sur des concepts comme l’économie quaternaire (Michèle Debonnoeil) et la personnalisation de masse (Avi Reichental) pour envisager une catégorie d »artisans-autoentrepreneurs » qui offriront des services de proximité fortement personnalisés.  Il admet volontiers, avec l’auteur Michel Volle, que « cette nouvelle économie des microentreprises et des services à la personne nécessite une revalorisation des compétences gestuelles et relationnelles. » (Caseau, 2016).  Toutefois, cette échelle de microinterventions rendra la rentabilité difficile, du moins au démarrage…

Ces idées l’amènent à favoriser le « revenu universel de base » pour soutenir ces nouveaux travailleurs. Il estime que l’État a un rôle important à jouer dans la transition qui s’amorce, parlant même de « rendez-vous avec l’histoire ».  D’après lui, « [l]e revenu universel « déplace la barrière de potentiel » dans le sens où il permet à un plus grand nombre d’autoentrepreneurs de produire un complément de revenu à partir de leurs talents, à la fois en diminuant la prise de risque et le volume d’affaire à générer pour que l’autoentreprise soit viable.« . (Caseau, 2016)

Caseau trace un parallèle avec le statut d’intermittent du spectacle qui, selon lui, incite à la créativité et à l’entrepreneuriat plutôt que de les décourager.  Il croit à un statut éventuel d' »intermittent du service à la personne ».  Il en veut pour preuve l’importance grandissante des travailleurs autonomes « freelance » qui pourraient atteindre 50 % de la population active (au niveau de la France?, du monde industrialisé? Il ne le précise pas).

Enfin (et je vois déjà certains lecteurs rouler des yeux…), il souhaite un autre type d’intervention de l’État, mais pour limiter un autre type d’automatisation, soit celui qu’amènerait la venue d’androïdes (i.e. des robots d’apparence humaine):

« …Si la société laisse le domaine de l’interaction être envahi par la robotisation, nous allons au-devant d’une véritable crise. Laissés à la loi du marché et du possible technologique, ces robots vont apparaître et nous obtiendrons dans le meilleur des cas une société à deux vitesses et une multitude d’exclus. Dans le pire des cas, les tensions sociales seront insupportables et cela nous conduira à la guerre civile. Le Japon est un cas particulier car il y a un fort déficit démographique à cause du vieillissement de la population, mais de façon générale et simplifiée, il faut réserver les métiers d’interaction aux humains déplacés des fonctions de production et de transaction. » (Caseau, 2016)

Source: Caseau, Yves, « Le futur du travail et la mutation des emplois« , Frenchweb.fr, 5 décembre 2016

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