Bienvenue à l’ère de la post-vérité…

Le Oxford Dictionary décrétait cette semaine que « post-truth » (post-vérité) était le mot de l’année.  D’après ce dictionnaire,

«Post-vérité» est un adjectif qui fait référence «à des circonstances dans lesquelles les faits objectifs ont moins d’influence pour modeler l’opinion publique que les appels à l’émotion et aux opinions personnelles»… […]

Selon l’Oxford Dictionary, «post-vérité» est devenu en 2016 «un pilier du commentaire politique», son usage ayant augmenté de 2000 % par rapport à l’année dernière, «dans le contexte du référendum sur le Brexit au Royaume-Uni et de l’élection présidentielle aux États-Unis».

L’émergence de «post-vérité» dans le langage a été «alimentée par la montée en puissance des réseaux sociaux en tant que source d’information et la méfiance croissante vis-à-vis des faits présentés par l’establishment» (AFP, 2016)

Les scientifiques canadiens ont eu à composer avec le gouvernement Harper qui n’appuyait pas toujours ses décisions sur les données probantes disponibles.  Toutefois, on aurait pu se demander s’il n’y avait pas un certain sensationalisme dans le choix du Oxford Dictionary.  Il appert cependant que les gens s’informent de plus en plus au moyen des réseaux sociaux, dont ce n’est pas a priori la spécialité…

Et puis, quelques heures plus tard, le site Buzzfeed sortait ces statistiques alarmantes:

…[L]es fausses nouvelles entourant les élections américaines ont généré sur Facebook un taux d’engagement plus élevé que les vraies nouvelles des médias officiels comme le New York Times, le Washington Post, NBC News et d’autres. Durant la dernière étape avant le vote, les 20 canulars les plus influents ont généré 8 711 000 partages, réactions ou commentaires sur Facebook. [contre 7 367 000 partages, réactions ou commentaires pour les 20 articles les plus populaires provenant de médias officiels.]
[…]

Le plus inquiétant, c’est qu’avant cette période cruciale des trois derniers mois avant l’élection, le contenu des médias atteignait plus d’utilisateurs que celui des générateurs de fausses nouvelles sur Facebook. Mais plus l’élection approchait, plus la tendance se renversait…

[…] 
Dans un article du Washington Post, un fabricant de fausses nouvelles en série, Paul Horner, se dit certain que la circulation de fausses nouvelles a aidé à l’élection de Trump. Ses canulars étaient constamment repris par des supporters du camp républicain.
(Mathys, 2016)

Sur Facebook, il semble qu’un algorithme ait remplacé un précédent comité éditorial composé d’humains.  Or, l’algorithme favorise les nouvelles les plus « aimées » et « partagées » – qu’elles soient vraies ou fausses – dans la liste de « sujets chauds » (trending topics) suggérés aux utilisateurs du réseau.  Le président Obama s’en est inquiété.  Mark Zuckerberg, patron de Facebook, est dans la tourmente, mais promet de faire amende honorable et de réviser ses pratiques…

« Ces textes sont parfois écrits de l’étranger, pour le profit. Des manchettes-chocs, destinées à générer le plus de clics et de partages possible. Des manchettes qui rapportent beaucoup d’argent en revenus publicitaires, pour leur auteur, mais aussi pour Facebook et Google. » (Dumont-Baron, 2016)

Mais, à terme, ils ont aussi un effet politique délétère:

« Ironiquement, le prochain président pourrait aussi être victime d’un des outils qui ont fait son succès électoral. Déjà, certains sites parlent de « l’effet Trump » pour faire mousser de fausses nouvelles. Comme celle dans laquelle on raconte que le manufacturier Ford rapatrierait du Mexique vers l’Ohio la production d’un modèle de camions.

C’est le genre de nouvelle sur laquelle les partisans de Donald Trump comptent vraiment. Les commentaires sous l’article témoignent de leur espoir de revoir des emplois dans les régions industrielles du pays. Que diront ces Américains lorsqu’ils réaliseront que c’est faux? Que le président ne peut pas remplir toutes ses promesses? » (Dumont-Baron, 2016)

Comment former nos étudiantes et étudiants à être des professionnels, des chercheurs, des décideurs et des acteurs de changement  dans une telle conjecture informationnelle?  Nous voulons en faire des citoyens critiques, bien sûr, mais aussi influents.  Devront-ils apprendre à mieux enrober la vérité pour qu’elle devienne plus attrayante que le mensonge?

Sources:
Agence France-Presse, « «Post-vérité», le mot de l’année selon le dictionnaire Oxford« ,  Cyberpresse, 16 novembre 2016
Dumont-Baron, Yanik, « La vérité sous Trump« , Ici.radio-canada.ca, 18 novembre 2016, MAJ 20 novembre 2016
Garneau, Stéphane, « Facebook dans la tourmente« , Samedi et rien d’autre, Radio-Canada.ca, 19 novembre 2016
Mathys, Catherine, « Les fausses nouvelles plus populaires que les vraies sur Facebook« , Ici.Radio-Canada.ca, 18 novembre 2018

 

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