Contrôler l’honnêteté académique dans les examens à distance : la course aux outils technologiques

La crainte que les étudiants en ligne trichent plus que ceux en présentiel lors d’examens n’est pas appuyée par des données probantes.  En effet, selon Carleen V. Robinson, professeure à la Florida International University, [t]o date, no national data exists on academic dishonesty in the virtual classroom, and the studies that do exist generally look at perceptions of academic dishonesty in distance learning [NDLR : notre emphase] rather than the actual behaviors in which students engage (Grijalva, Nowell, & Kerkvliet, 2006).  Ce qui est étonnant, c’est que tout en reconnaissant qu’il s’agit d’une présomption, on assiste à la création et au déploiement de tout un arsenal de mesures de sécurité comme s’il s’agissait d’une épidémie à enrayer.

Voici quelques-unes de ces mesures de sécurité.

  • Technologies qui bloquent l’accès à Internet durant les examens
  • Systèmes de surveillance avec une caméra intégrée qui 1) capture toute la pièce dans laquelle se trouve l’étudiant; 2) prend une photo de l’étudiant pour la comparer avec celle dans son dossier étudiant et 3) filme la pièce durant toute la durée de l’examen afin de capter le moindre changement audio ou visuel,  qui sera communiqué, le cas échéant, à un responsable ou un administrateur
  • Scanners : pour les empreintes digitales ou les veines de la paume
  • Logiciel de reconnaissance du style rédactionnel de chaque étudiant (actuellement en développement)

Certaines de ces technologies, celles qui reposent sur des éléments de biométrie, posent de graves questions en termes de protection des données personnelles. Néanmoins le plus alarmant dans cet exposé, c’est l’absence d’introspection dont fait preuve l’auteure envers la modalité d’évaluation qu’est l’examen.

On sait que les étudiants consultent internet et qu’ils ont le sens du partage, mais on continue de faire passer le même genre d’examen qui mesure des connaissances individuelles.  Bien sûr, il importe de maîtriser certaines connaissances, mais savoir trouver les « bonnes » informations, savoir les organiser en un texte original et savoir travailler en équipe sont des compétences non seulement recherchées et valorisées par les futurs employeurs mais essentielles à tout citoyen qui désire participer à la société d’aujourd’hui.

Jusqu’où ira-t-on pour contrôler une modalité d’évaluation qui ne tient pas compte des nouvelles réalités de la société numérique dans laquelle nous vivons ?   Investir dans des technologies de contrôle, probablement très onéreuses et susceptibles d’être victimes de piratage, paraît une entreprise vouée à l’échec.

Le véritable contrôle ne se trouve-t-il pas dans les mains des enseignants, pour peu qu’ils acceptent de s’adapter aux changements apportés par l’accessibilité actuelle de l’information? Pour peu qu’ils se questionnent sur ce à quoi il convient de former les futurs professionnels?

Source: Robinson, Carleen V.  Academic Dishonesty : A Guide for Digital Instructor.  In M. S. Plakhotnik & S. M. Nielsen (Eds.), Proceedings of the 12th Annual South Florida Education Research Conference (pp. 189-194).  Miami: Florida International University.  2013.

Conséquences possibles de la victoire de Trump pour la formation supérieure
Costumes d'Halloween: appropriation culturelle ou rectitude politique?

Commentaires

  1. Marc Couture a écrit:

    L’utilisation de Moodle pour gérer la passation et la correction de tests et d’examens en ligne, que ce soit en classe ou à distance, fait remonter à la surface la nécessité de repenser l’évaluation. Oui, l’outil permet de déjouer jusqu’à un certain point certaines stratégies visant la triche (par exemple, en mélangeant les choix de réponse, en proposant des tests différents à chaque étudiants à l’aide de questions aléatoires pigées à même la banque de questions du cours), mais tu as parfaitement raison de souligner la quasi absence de retour critique sur les façons d’évaluer. Comme si on ne pouvait surtout pas se questionner à ce sujet…

Exprimez-vous !

*