La liberté académique s’applique-t-elle au plan de cours?

De la même façon que nous rapportions en 2013 le cas d’un professeur de l’Université d’Ottawa qui avait été renvoyé pour son refus de discriminer dans l’évaluation de ses étudiants, voici celui d’un professeur de college américain se plaignant d’avoir été renvoyé pour son refus d’inclure dans son plan de cours la liste des acquis d’apprentissage (learning outcomes) que les étudiants doivent avoir maîtrisé pour réussir l’activité pédagogique.

Ici encore, il ne s’agit pas de s’attarder aux spécificités de ce cas particulier.  Ce sont plutôt les arguments généraux de part et d’autre qui nous intéressent, notamment quant à l’utilité des acquis d’apprentissage et à la pertinence de fournir ou non une liste d’acquis d’apprentissage aux étudiants dans un plan de cours.  Entre aussi en jeu l’influence d’organismes d’accréditation externes qui pourraient exiger que les plans de cours comportent tous de tels acquis d’apprentissage.  Si un tel organisme de contrôle de la qualité n’existe pas actuellement au Québec, il pourrait apparaître avant longtemps 

CONTRE L’INTÉGRATION D’ACQUIS D’APPRENTISSAGE DANS LES PLANS DE COURS:

  • Le syllabus du professeur incluait déjà « descriptions of the course, textbook and relevant manuals, along with a summary of what would be taught in each session, required reading assignments, dates of quizzes and information on how grades are determined », ainsi que « numerous course objectives, such as modeling natural selection and genetic drift and lab work on linkage analysis and human cytogenetics. » (notre emphase)
  • Le professeur s’objecte à inclure dans un syllabus de telles « trivialités » (comme la manipulation de mouches à fruit en laboratoire) qui ne sont
    « “…no more the fit object of a liberal education than dumping asphalt is the object of road construction.”».
  • Le manuel à l’intention des professeurs précise qu’au début de chaque semestre « “instructional staff members are responsible for stating clearly and in writing the instructional objectives of each course they teach. It is expected that each instructional staff member will direct instruction toward the fulfillment of these objectives and that examinations will be consistent with these objectives.”»  Il est donc question d’objectifs pédagogiques et non d’acquis d’apprentissage.
  • Le code facultaire demande aux enseignants de suivre les règles demandées « “provided they do not contravene academic freedom” and “maintains his or her right to criticize regulations and seek their revision.” » (notre emphase)
  • L’Association américaine des professeurs d’universités estime que « faculty members maintain “primary responsibility for establishing the criteria for assessment and the methods for implementing it.”»
  • Un unique paragraphe dans un syllabus ne peut compromettre la réaccréditation d’un collège. (“[a] single paragraph in a professor’s syllabus cannot possibly jeopardize any college’s reaccreditation.”)
  • D’après sa présidente, l’organisme d’accréditation ne demande pas aux professeurs d’inclure les acquis d’apprentissage dans leurs syllabus.
  • Pour un professeur expert en acquis d’apprentissage, une préoccupation est de savoir si les acquis sont développés du bas vers le haut ou imposés de haut en bas: « “Are faculty defining the outcomes, or are the expectations coming from above, [from] those who are not discipline experts?” »
  • Pour un autre professeur interrogé dans l’article, les acquis d’apprentissage ne sont qu’une mode comptable (« “worthless bean counting and cataloging exercises that give faculty members every reason to ignore or reject the approach.” »).  Pour lui, « [t]he problem arises when outside parties — accreditors included — rely on outcomes as definitive proof that learning has been achieved... » (notre emphase)

POUR L’INTÉGRATION D’ACQUIS D’APPRENTISSAGE DANS LES PLANS DE COURS:

  • D’après le directeur du département, l’employeur (le college) exige des professeurs que des acquis d’apprentissage soient indiqués dans le plan de cours.
  • D’après le doyen, l’organisme d’accréditation du collège « requires that every syllabus for every course contain course learning outcomes that are approved by a department chair. »
  • Toujours d’après le doyen, il faut poser ce geste au nom du bien commun. La position de refus du professeur fait courir des risques considérables au college puisque les syllabus font partie des documents exigés par l’organisme d’accréditation.
  • Un panel de trois professeurs institué par le provost a par ailleurs estimé que l’acquis d’apprentissage fournit par le professeur (une citation du Président Woodrow Wilson) « …fail to make a clear connection to the course content or any required reading, activities or assignments » (notre emphase).  Donc, on comprend que les acquis d’apprentissage présentés devraient permettre d’effectuer de tels liens.
  • Après les faits, la direction du college a créé une « new “mandatory syllabus content” official policy, which says all syllabi must be approved by supervisors ».
  • D’après la présidente de l’organisme d’accréditation, puisque le syllabus est la manière habituelle dont les enseignants renseignent les étudiants sur les spécificités d’un cours, il est logique que les acquis d’apprentissage y figurent.  La plupart des institutions intègrent les acquis d’apprentissage requis dans leurs syllabus.
  • « The Association of American Colleges and Universities [AAC&U] also has stressed the importance of learning outcomes. »
  • L’AAC&U milite pour davantage d’implication des professeurs et de granularité dans la réflexion à propos des acquis d’apprentissage.  Une porte-parole de l’AAC&U « advocated for a culture shift toward “cultures of evidence,” in which faculty members are more involved in assessing whether outcomes have been met. » (notre emphase)
  • Pour le président du National Center for Higher Education Management Systems, « Outcomes are about “gathering evidence and feedback so that institutions can improve” in terms of student learning, [he] said. “That sort of commitment is important, and it’s within an accreditor’s right to ask an institution to do that.” » (notre emphase)

Source: Flaherty, Colleen, « Who Decides What Must Be on a Syllabus? », Inside Higher Ed, 8 août 2016

helpr : une nouvelle application pour l’aide aux travaux universitaires
La novlangue académique

Exprimez-vous !

*