La novlangue académique

Un peu de rires (jaunes)… pour les universitaires sachant s’amuser de leurs propres travers.  Zachary J. Foster candidat au doctorat en études proche-orientales à Princeton et chef de produit pour Academia.edu – donc lui-même chercheur en sciences humaines – se moque de 14 façons qu’ont les chercheurs en lettres et sciences sociales sur-compliquent le langage dans leurs articles.

Volontiers provocateur voire un brin mesquin, Foster frappe dans toutes les directions à partir d’exemples réels.  Rien ne trouve grâce à ses yeux: titres obscurs (« Empires without Imperialism« ), néologismes/ mots inventés (précolonialité, spatialité, sulbaternité), sur-utilisation des mots « entre », « vers »et « au-delà » (Au-delà du Printemps arabe, Vers une généalogie du corps de la femme noire, etc.), abus des guillemets (les identités « modernes »), suremploi des verbes à la forme passive (« …how traumatic events influence and are influenced by norms« , préfixes « re-«  (réimaginer, recadrer, réinscrire), tendances floues (modernités multiples, mémoire polymorphe, identités fluides, etc.), manie d’interrompre le discours par des tirets ou des parenthèses (“analysis of diasporic memory – or, more accurately, remembrances – conjures other times and places”), etc.

La question sous-jacente devient cependant criante au fil de la lecture: pour qui ces chercheurs rédigent-ils?  Qui sont leurs lecteurs? N’y a-t-il de l’intérêt à tenter d’être le plus clair possible vis-à-vis de ses collègues pour s’assurer d’être bien compris, même dans un article scientifique?  Compte tenu des attaques déjà évoquées face aux sciences humaines, n’y aurait-il pas un effort de communication à effectuer, notamment pour convaincre les décideurs de l’utilité de ces filières.

Source: Foster, Zachary, « How not to write: 14 tips for aspiring humanities academics« , Times Higher Education, 7 juillet 2016

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