Trois modèles pour actualiser le baccalauréat

Dans le Chronicle, un article de Jeffrey J. Selingo,  professeur de pratique à l’Arizona State University et professeur invité au Georgia Tech’s Center for 21st Century Universities.  Le texte est adapté de son nouveau livre There Is Life After College: What Parents and Students Should Know About Navigating School to Prepare for the Jobs of Tomorrow (William Morrow, une marque de HarperCollins).

Arguant qu’il faut réformer en profondeur le baccalauréat, Selingo rappelle qu’il ne convient plus ni aux étudiants, ni aux employeurs.  Il présente plusieurs statistiques troublantes:

  • 2.2 millions d’américains dans la vingtaine quittent le college sans diplôme.
  • Seuls 33 % des étudiants des collèges publics obtiennent leurs diplômes de baccalauréat en quatre ans; 57 % en six ans.  Dans les institutions privées, un peu plus de la moitié des étudiants diplôment en quatre ans et 65 % en six ans.
  • Dans les années 1970, la Commission Carnegie sur l’enseignement supérieur a établi que la plupart des grandes universités offraient plus de 2000 cours.   Les colleges plus petits offraient généralement un millier de cours, soit un par deux ou trois étudiants…  D’après Selingo, les professeurs qui se percevaient comme les gardiens du curriculum avaient l’impression qu’ils pouvaient enseigner ce qu’ils voulaient, aussi longtemps qu’ils étaient en mesure de trouver quelques étudiants pour remplir un cours (traduction libre).
  • Depuis 10 ans le nombre de programmes avec majeure a augmenté de 20 %, selon une liste compilée par le Département d’éducation américain.
  • Le baccalauréat inclut désormais des stages, de nouveaux cours requis pour les nouveaux programmes, des cours d’appoint, etc.  On essaie de tout faire entrer dans une plage de 4 ans.
  • Des étudiants de première année répondant à un sondage annuel mené par des chercheurs de la University of California à Los Angeles considèrent que « d’obtenir un meilleur emploi » est maintenant la principale raison pour aller à l’université.  Il y a une décennie, c’était plutôt pour « apprendre des choses qui les intéressaient ».
  • Le plus récent index Gallup-Purdue démontre que seuls 38 % des jeunes diplômés estimaient être « très en accord » avec le fait que leur diplôme en avait valu le coût.
  • En somme, « [t]he modern four-year degree reflects historical circumstance more than it does an open-minded consideration of what a 21st-century graduate should be. » (Selingo, 2016)

Selingo constate que les diplômés de sciences humaines ont été les moins nombreux depuis 2003, alors que les diplômes pratiques (les affaires, notamment) sont de plus en plus populaires.  Pour lui, il faut donc repenser la formation initiale universitaire:

« For undergraduate education to remain relevant in a 21st-century economy where jobs and careers are expanding and contracting at alarming speed, the bachelor’s degree needs to be more agile and adaptive and less of a commodity that is delivered at graduation. Several projects underway offer a road map for a future bachelor’s degree that better captures learning outside the classroom, provides deeper experiences earlier in an undergraduate’s career, and is less discipline-focused. » (Selingo, 2016)

Dans la seconde partie de son article, Selingo présente trois expériences de telles réformes:

  • À Georgetown University, où l’on envisage un college généraliste de deux ans, suivi d’une maîtrise professionnalisante de deux ans aussi.  L’idée est d’essayer d’intégrer au curriculum les expériences para-scolaires qui sont souvent la valeur-ajoutée du point de vue des étudiants.  Les professeurs détermineraient les compétences que les étudiants devraient avoir acquises à la fin de leurs parcours et ces derniers obtiendraient des crédits tant pour les cours traditionnels que pour les expériences pratiques.
  • À l’Arizona State University, où l’on teste à un « curriculum inversé » (flip the curriculum) sur 11 programmes, grâce à une subvention de 4 millions de dollars du Département d’éducation américain.  On aborde des projets pratiques pendant les deux premières années et l’on donne des notions théoriques au fur et à mesure des besoins.  La norme actuelle américaine est plutôt d’accumuler la théorie en début de parcours et de compléter les études par un projet synthèse.
  • À la Jimmy Iovine and Andre Young Academy for Arts, Technology and the Business of Innovation à la University of Southern California, on fait l’expérience d’un baccalauréat plus modulaire, combinant des matières qu’il n’aurait pas été possible de réunir dans un programme traditionnel: art et design, technologie et génie, ainsi que marketing et affaires.  Il s’agit aussi d’un programme qui allie expérience en entreprise et formation à l’université.

Source: Selingo, Jeffrey, J., « Rebuilding the Bachelor’s Degree« , The Chronicle of Higher Education, 13 avril 2016 [abonnement requis pour accès]

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