Blogue _Ralentir travaux_: du bon goût de la modération

Ma collègue Sonia Morin me fait découvrir l’excellent blogue Ralentir travaux de Yann Houry, enseignant de français au collège départemental de Labrit.  Sonia attire mon attention sur le billet « Des modes et autres obsessions pédagonumériques » (où il est notamment question de l’engouement pour la classe inversée), mais j’ai aussi lu avec grand intérêt « Non, le savoir n’est pas sur Internet » (avec reproche amical à Michel Serres pour certains raccourcis dans Petite Poucette) et « Qu’est-ce que lire au XXIe siècle ? » (où il illustre intelligemment les différentes fonctions que permet la lecture numérique).  Par ailleurs, plusieurs billets sont des retours d’expériences sur diverses technologies utilisées en classe (Aurasma, Vikipedia, Chromebook, etc.). Ainsi les essais de l’auteur avec diverses fonctions, plateformes et outils de lecture numérique:

« C’est en effet avec la liseuse [Kindle] que je suis devenu un lecteur numérique. Moi qui croyais que la liseuse était une anomalie dans un marché largement occupé par les tablettes ! Un appareil un peu suranné dont le premier modèle était apparu… en 2007 ! Je la voyais comme une tablette amputée de nombreuses fonctions et je ne voyais pas que ce petit appareil léger, relativement peu cher, permettait au lecteur de se concentrer sur le seul texte et ce sans se détruire les yeux avec le rétroéclairage un peu trop violent des tablettes.» (Houry, 2016a)

Ce que j’apprécie de Houry, c’est qu’il semble être un technophile modéré et nuancé, ce que l’on lit trop rarement sur le web.  Jugez vous-même:

« On a donc, par périodes, des obsessions pédagogiques qui parfois se chevauchent, se croisent, s’annulent, en occultent d’autres. Mais enfin, il est de ces moments où il n’est plus question que de ceci ou de cela. Vous ouvrez votre TL, votre flux RSS, votre Flipboard et paf ! Minecraft ici, Minecraft là ! Minecraft partout ! Minecraft toujours !

Je comprends désormais les réticences de certains enseignants peu portés sur les 0 et les 1. Goûtant peu les joies du numérique, ils en sont dégoûtés avant même d’avoir commencé, tant on leur rebat les oreilles avec certaines pratiques qu’ils sont sommés d’admirer. Prière de s’émerveiller pourrait précéder chaque article portant sur le numérique et la pédagogie.» (Houry, 2015b)

Ça semble curieux à écrire, mais quelqu’un de modéré, ayant une vision critique d’un domaine qui l’intéresse pourtant, c’est vraiment rafraîchissant à lire en matière de technopédagogie:

« Si l’on suit la logique des gens qui affirment que le savoir est sur internet, mes élèves [dont 1 élève sur 3 a échoué à répondre à des questions corollaires à un texte] auraient dû savoir. Ou pire ils savaient puisque c’était . Mais, précisément, ils ne savaient pas. Ou, pour être encore plus précis, ils n’ont pas su utiliser les informations que contenait l’ordinateur. Et je pense que l’erreur que beaucoup de gens commettent est là : ils confondent savoir et information. Mes élèves n’ont pas su (ou voulu ou pu) utiliser ces informations.

Prétendre le contraire (i.e. croire que le savoir réside dans un fichier), c’est penser que je peux construire un accélérateur de particules parce que j’ai téléchargé le manuel en PDF. Si le savoir était aussi accessible, on pourrait me larguer en pleine jungle avec un manuel de survie et je me mettrais à coloniser le lieu comme un parfait petit Robinson Crusoé. » (Houry, 2016c)

Sources:
Houry, Yann, « Qu’est-ce que lire au XXIe siècle ? », Ralentir travaux, 2 février 2016a

Houry, Yann, « Des modes et autres obsessions pédagonumériques », Ralentir travaux, 11 février 2016b

Houry, Yann, « Non, le savoir n’est pas sur Internet », Ralentir travaux, 14 février 2016c

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