Développement mondial: les dividendes du numérique

J’épluchais ce matin le volumineux rapport (fichier PDF de 359 pages!) que la Banque Mondiale vient tout juste de publier sur l’état mondial de l’économie numérique, intitulé World Development Report: Digital Dividends, et je suis (heureusement!) tombé sur l’excellente analyse sommaire du rapport par Tony Bates.  Ce dernier souligne quelques chiffres fort intéressants qui illustrent bien le constat principal du rapport: l’économie numérique profite surtout aux plus aisés et aux plus influents.

  • Les appareils mobiles ont proliféré à une vitesse effarante dans les pays en voie de développement, si bien que près de 70 % de la  population la plus pauvre possède un mobile.  Dans ces pays, il y a davantage de foyers qui disposent d’un mobile que de foyers qui ont accès à de l’électricité ou à de l’eau potable;
  • Le nombre d’internautes à travers le monde a triplé en dix ans – d’environ 1 milliard en 2005 à environ 3,2 milliards en 2015 – alors que 60% de la population mondiale n’a toujours aucun accès à Internet;
  • Globalement, la productivité augmente, alors que la polarisation des marchés et les inégalités entre les individus deviennent de plus en plus importantes ;
  • On recense plus de démocraties, mais un moindre nombre d’élections libres;
  • Les investissements dans les technologies amplifient la voix des élites et augmentent le contrôle par les états;
  • L’absence de compétition favorise l’émergence de monopoles technologiques, freinant l’innovation.

L’intégration des technologies vient amplifier l’impact de ces changements, et ne semble pas en mesure d’améliorer l’accès à l’éducation ou de réduire un tant si peu l’écart entre les plus riches et les pauvres :

What becomes very clear is that digital technology amplifies change: if things are going badly, digital technology will make it happen worse and faster; if things are going well, digital technology will make it better. Thus digital technology is neither cause nor effect in development, but a catalyst that amplifies change.

Sans réformes préalables, les bénéfices anticipés par l’adoption à large échelle des technologies de l’information et des communications numériques n’ont pas encore permis d’assurer l’accès à des marchés compétitifs, ni à favoriser le développement d’un capital humain au bénéfice de tous :

In countries where these fundamentals are weak, digital technologies have not boosted productivity or reduced inequality. These poor trends persist, not because of digital technologies, but in spite of them. Thus while digital technologies have been spreading, digital dividends have not. On the other hand, countries that complement technology investments with broader fundamental reforms reap digital dividends in the form of faster growth, more jobs, and better services.

Faire en sorte que l’accès à Internet soit réellement universel et abordable serait une piste à explorer pour améliorer l’état des choses, mais ce n’est pas une condition suffisante.  Une économie numérique vibrante nécessite également des investissements importants dans les ressources humaines qui permettent de former les apprenants à développer les compétences qui ouvrent la voie à de nouvelles opportunités.

Bates termine son analyse en soulignant que le récent accord Trans-Pacifique tel que proposé pourrait freiner davantage l’innovation, en empêchant notamment de nouveaux compétiteurs d’entrer sur un marché technologique (contrôlé par les compagnies possédant certains brevets clé).  À suivre…

Source: Bates, Tony. Why digital technology is not necessarily the answer to your problem. January 30, 2016

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