Jusqu’où peut aller le financement d’une université par l’entreprise privée ?

On sait que l’entreprise privée participe au soutien financier de la mission universitaire, notamment par des contrats de recherche, par l’obligation de consacrer au moins 1% de sa masse salariale à de la formation et par des dons lors de campagnes de financement. Ce qui est nouveau, du moins en France, c’est de voir l’entreprise privée financer un programme. En effet, c’est ce que rapporte Jean Chabod-Sereis :

Que fait une entreprise quand elle ne parvient pas à recruter des diplômés formés à ses métiers ? Elle finance elle-même la création d’un titre ou d’un diplôme. Une pratique qui prend de l’ampleur à tous les niveaux de l’enseignement supérieur mais qui pose encore des questions.

Des exemples?

  • Une licence professionnelle banque, assurance, finance de l’Université Cergy-Pontoise. Financée à 90% par la Société générale, Banque populaire Rives-de-Paris, LCL et BNP Paribas.

« Les banques s’engagent à payer 7.650 euros par élève, en partie via la taxe d’apprentissage, explique Annie Bellier. La Région couvre les 850 euros restant. En contrepartie, elles participent à l’élaboration du programme pédagogique, définissent avec nous les compétences visées et la moitié des enseignements est assurée par des conseillers clientèles en banque de détail » (NDLR : emphase de l’article)

  • Des masters soutenus par AXA sur des sujets liés à son champ d’activité : statistique et mathématiques, digital. Selon Noelani Menei, campus manager chez l’assureur AXA, [n]ous changeons de partenariats tous les ans pour coller à nos futurs besoins de recrutement et assurer une diversité des profils attirés. » (NDLR : emphase de l’article)
  • Un bac pro technicien. « Étant donné les besoins importants que nous allons avoir, explique Éric Massain, chargé de développement ressources humaines chez GRDF, nous avons voulu créer un bac pro technicien réseau avec l’Éducation nationale. Or, il faut quatre à cinq ans pour habiliter un diplôme, et nos besoins étaient urgents : nous avons créé ce titre et avons lancé en parallèle la procédure pour la création du diplôme.«  (NDLR : emphase de l’article) Philippe Dreyfus, le directeur d’un CFA partenaire à Saint-Herblain, en Loire-Atlantique, le reconnaît : « Nous avons créé un diplôme ‘spécifique GRDF’, c’est un diplôme sur mesure, c’est du jamais-vu. » Conception du référentiel, formation des enseignants du CFA auprès de GRDF, dons matériels, participation au comité de sélection des élèves (« on les sélectionne comme si on recrutait», ajoute Eric Massain) : GRDF chapeaute la formation, avec la promesse d’embaucher 100% des titrés.

Dans ces trois exemples, les acteurs sont convaincus que l’avenir est dans la commandite… Comme le demande à juste titre Chabod-Sereis : Mais au final, quelle est la valeur d’un diplôme, en dehors de l’employeur qui l’a financé ? (NDLR : emphase de l’article)

Source – Chabod-Sereis, Jean. Les cursus sponsorisés, la nouvelle frontière des relations entreprises. ÉducPros.fr. 30 octobre 2015.

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Commentaires

  1. Jean-Sébastien Dubé a écrit:

    À mettre en lien avec la tendance no. 5 (i.e. « L’éducation associée à une marque ») identifiée dans cette dépêche d’Éric Chamberland, où une tendance similaire s’observe aux États-Unis…
    http://leveilleur.espaceweb.usherbrooke.ca/22341/des-tendances-…e-en-education/

  2. Jean-Sébastien Dubé a écrit:

    Par ailleurs, dans le Globe and Mail du 13 novembre dernier, un article de Simona Chiose sur les liens avec l’entreprise privée de plusieurs laboratoires et centres de recherche canadiens. Au-delà des problèmes d’indépendance des résultats de recherche, l’article montre bien que certains étudiants sont inquiets de l’éventuelle influence de tels partenariats sur ce qu’ils apprennent. Cela malgré d’alléchantes possibilités d’emplois:

    « “There is always a chance that if the public-private relationship is not done correctly it limits what can happen in the classroom,” said Spencer Nestico-Semianiw, the president of the Ontario Undergraduate Student Alliance.

    The promise of closer links between business and postsecondary institutions is that it will lead to jobs for students after graduation. Simon Fraser students are already seeing these benefits, Dr. Pei said.

    “It provides an opportunity to students to understand what industry needs,” he said. “My students get good offers, not only financially, but working with real problems and challenges. When they talk to employers, they appreciate those experiences.”

    How well their freedom of inquiry is protected remains to be seen. Simon Fraser would not publicly release the agreement. » (Chiose, 2015)

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