Le Design Thinking déjà dépassé?

L’an dernier, nous vous avions parlé du « Design Thinking » comme théorie à la mode et qui avait même de l’influence sur la façon d’articuler certains cursus de formation, notamment dans les écoles de gestion et d’ingénierie en France.   Jean-Pierre Léac, responsable Innovation, recherche et développement des entreprises chez Nord France Innovation Développement (NFID), s’interrogeait en avril 2015 sur l’actuelle pertinence de ces méthodes, surtout dans l’optique où elles sont souvent mal intégrées dans les entreprises qui en font un processus comme les autres...  Sa réflexion s’inspire de celle de Bruce Nussbaum, auteur du livre Creative Intelligence, pour qui le design thinking est une « expérience ratée« .  Pour ce dernier, il faut passer à un degré supérieur de pensée créatrice.

« Le « design thinking » a eu un grand mérite cependant : il a joué un rôle fondamental pour repenser totalement la place des designers dans la société. Cantonnés auparavant à une vision limitée aux produits et à leur esthétique, ils occupent une place de plus en plus large car ils incluent l’humain dans leurs réflexions et prennent en compte de façon systématique les problèmes sociaux, économiques et environnementaux de notre temps. » (Léac, 2015a)

À partir du moment où ce qui est vendu aux consommateurs est de plus en plus une « expérience utilisateur« , le design thinking permet d’ « être en phase avec les gens et la culture qui nous entourent, avoir l’expérience et la sagesse d’identifier les vrais problèmes et avoir la capacité d’imaginer et de mettre en œuvre des solutions » (Léac, 2015a).

Toutefois, dans un article tout récent (octobre 2015), Léac revient sur ses affirmations d’avril et réalise que le design thinking aurait vraisemblablement transformé les méthodes de conception et la façon de travailler dans  plusieurs grandes entreprises (IBM, GE, la SNCF, Veolia, Deloitte, etc.)

« Ces outils permettent souvent de se débarrasser des cahiers de charges ou des feuilles de calcul et ajoutent une dimension fluide à l’exploration de la complexité, permettant d’utiliser une pensée non linéaire pour aborder des problèmes non linéaires. » (Léac, 2015b)

Dans un tel contexte, ne serait-il pas approprié de l’enseigner dans nos universités?

« Mettre l’accent sur le design dans une entreprise offre donc des opportunités formidables pour humaniser la technologie et développer des produits et des services plus impactants émotionnellement. Adopter ce point de vue est [sic] pas facile mais cela contribue à créer une ambiance de travail que les gens veulent rejoindre, à rendre plus agile l’entreprise dans son ensemble et à accueillir plus naturellement les contributions de tous les collaborateurs.

Enfin n’oublions pas que, parce que le design est empathique et centré sur l’utilisateur, il entraîne implicitement une approche plus réfléchie et plus humaine du travail. » (Léac, 2015b)

Sources:
Léac, Jean-Pierre, « Vers la mort du Design Thinking ? », Les cahiers de l’innovation, 17 avril 2015 (a)

Léac, Jean-Pierre, « Le design thinking au coeur des entreprises?« , Les cahiers de l’innovation, 10 octobre 2015 (b)

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