Enseigner au temps de Google: discourir devant des fantômes?

Article à la fois stimulant et provocant signé par une professeure de psychologie du College of Coastal Georgia (Bluhm) et un de ses collègues en éducation de la Jacksonville State University (Mobbs).  Partant du constat qu’à peu près tous les sujets abordés dans une classe peuvent désormais être cherchés et trouvés sur Google, comment conserver la pertinence des cours en présentiel?

Comment tenir compte des Coursera et Khan Academy de ce monde, ce que les auteurs qualifient de « pédagogie de table de cuisine »?  Peut-être de moindre qualité que le produit haut de gamme qu’est l’université, mais de plus en plus accessible gratuitement: « One can wonder how professors justify their classroom design in light of knowing how much teaching and learning is available any time and free of charge on the Internet. How can one in good faith continue to teach as if the Internet does not exist? » (Bluhm et Mobbs, 2015)  Même l’organisation et la sélection critique des contenus se raffinent et ne justifient pas toujours l’intervention d’un formateur.

Les auteurs comparent ensuite la situation que vivent les enseignants confronter aux portables en classe à celle de musiciens en concert qui ont l’impression de jouer pour des visages fantomatiques éclairés par les écrans des cellulaires.

« If audience-goers are not fully engaged with a live concert, why do they attend? Why do they not simply listen to recordings on YouTube? Are they missing the musical value of the live performance, or do their personal recordings, selfies, Instagram postings, and Facebook feeds add even more to the experience? Or, has the musical value of live music so dissipated that other activities must be added to the event to make it worthwhile to attend? The similarities to the face-face classroom are hard not to notice. » (Bluhm et Mobbs, 2015)

Pour Bluhm et Mobbs, l’interdiction des appareils électroniques ne semble pas la solution: « …[T]rying to control the experience in some way by banning or shaming the use of electronics, or to take it personally, would be draining and diminishing the experience of performing (or lecturing). »

Cette métaphore des fantômes en classe amène les auteurs à proposer de repenser l’enseignement en mode hybride:

« Perhaps one can start by considering that students are both face-to-face and online students at the same time – a kind of lively ghost. In essence, we design all of our face-to-face classes into a new form of blended course design. What may emerge is some as-of-yet unnamed course design that ignores the formal distinction and takes on the real nature of teaching in the time of Google… » (Bluhm et Mobbs, 2015)

Pour donner davantage de valeur aux cours en présence, ils proposent aux enseignants le programme suivant [traduction très libre]:

 

  • Établir une liste de 10 sujets, activités ou caractéristiques personnelles qui ne peuvent être trouvés sur Google.  Enlever de votre cours tout ce qui n’en fait partie et voir ce qu’il reste.  L’idée est d’exposer les étudiants à ce qui ne leur est pas familier, à de l’inusité, de les faire sortir de leur zone de confort électronique.  Par exemple, des histoires personnelles du professeur en lien ou non avec la matière, des exercices de créativité avec de la plasticine, etc.
  • Contrairement à ce que démontre la littérature scientifique ou la sagesse populaire, se demander s’il est possible que les étudiants apprennent malgré le fait qu’une partie de leur attention soit en ligne.  S’ils sont tout de même venus en classe, il y a lieu de se demander pourquoi?  Par obligation?  Pour être avec leurs pairs?  Est-il possible que l’état de concentration que nécessite leurs appareils soit compatible avec l’apprentissage?
  • Devenir complètement humain en salle de classe: plus authentique et captivant, vulnérable, conteur, réfléchi et intéressant.  Un choix pourrait être de n’avoir aucune technologie en salle de classe pour simplement discuter avec les étudiants, de façon à ce que ce lieu demeure l’un de ceux ou des gens peuvent avoir des échanges approfondis entre eux, sans médiation électronique.

Source: Bluhm, Carla et Kevin Mobbs, « Lecturing to ghosts: Blurring the face-to-face and online divide« , eCampus News, 11 juin 2015

 

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