Mémoires, thèses et articles scientifiques : la mort du format traditionnel?

Un étudiant de Harvard, Nick Sousanis, a produit sa thèse sous forme de bande dessinée (comic book), encouragé dans cette voie par sa directrice de recherche, Ruth Vinz, qui croit qu’il y a plus d’une façon de communiquer un nouveau savoir. Le sujet de la thèse, la pensée visuelle, a pratiquement commandé le format. Selon sa directrice de recherche, Ruth Vinz, le format de la thèse n’a pas changé au fil du temps. En fait, il est tellement rigide qu’il arrive parfois que des conseillers en mesurent la largeur des marges! “Is the dissertation a ‘pathway’ to a degree or a pathway to further understanding, meaning and knowledge… a pathway to sharing with others what one is learning?”demande Vinz. La maison d’édition de l’Université de Harvard a tellement aimé les dessins de Sousanis qu’elle lui a proposé de publier sa thèse, intitulée Unflattening.

Ça reste un livre. Or, le numérique, offre tellement plus, comme en fait état l’article Mémoires et thèses multimédias : de nouveaux formats qui bousculent l’évaluation et la diffusion. Et pas seulement pour les mémoires et les thèses mais également pour les articles scientifiques. C’est d’ailleurs l’objet d’une dépêche d’Hervé Maisonneuve, qui annonce la mort du pdf. à partir de la diapo suivante (cliquable) :

articles-scientifiques-numeriques

Maisonneuve présente à ses étudiants les constats suivants :

  1. depuis longtemps les vidéos ont remplacé les photos de champs opératoires, les images fixes d’IRM, les molécules sur ‘papier’, pour être remplacées par des figures interactives, comme bouger les coupes d’un scanner dans l’image;.
  2. les liens des références à leur source (crossref), les liens à l’article valide (crossmark) sont indispensables pour bien lire ;
  3. un article doit se lire avec le protocole disponible en un clic (100 % des articles du BMJ ont ce lien) ;
  4. les données sources doivent être accessibles (avec ou sans codes) et des liens à des registres de type dryad, figshare sont exigés par des revues (100 % des articles du BMJ ; demande des revues de PLOS) ;
  5. dans certaines disciplines des sciences de la terre, la carte de géographie a disparu, remplacée par google maps… logique) ;
  6. en chimie, les scientifiques scannent régulièrement les cahiers de laboratoires et feuilles de paillasse, pour les rendre accessibles (avec ou sans codes), et les observations des malades suivront cet exemple (sous réserve de compatibilité, confidentialité, harmonisation qui auront des solutions) ;
  7. je veux avoir accès aux avis des reviewers et à toutes les versions du manuscrit avant acceptation ;
  8. le ‘post-publication peer-review va devenir la norme avec les réseaux sociaux, de type pubpeer, et avec l’intervention de PubMed Commons ;
  9. bientôt les frontières avec tous les réseaux sociaux de type Research Gate vont s’estomper.

Le numérique aura-t-il raison du format rigide de la thèse, du mémoire, des articles scientifiques? À n’en pas douter. C’est une autre mort annoncée  par plusieurs articles :

Sources –

Mulhere, Kaitlin. Seeing in New Dimensions – Comic book dissertation demonstrate capacity of picture writing. Inside Higher Ed. 17 mars 2015.

Maisonneuve, Hervé . La lente agonie du pdf : l’article du futur est bien supérieur. Rédaction médicale et scientifique. 2 mars 2015.

Morin, Sonia. Mémoires et thèses multimédias : de nouveaux formats qui bousculent l’évaluation et la diffusion. Perspectives SSF. Février 2015.

 

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