Reacting to the Past: l’immersion pour capitaliser sur la propension des étudiants au jeu subversif

J’ai déjà parlé sur ce blogue en 2012 de Reacting to the Past, des simulations historiques permettant aux étudiants de rejouer des moments clés de l’histoire ou de grands débats scientifiques, en développant leur connaissance de textes fondateurs, en prenant la parole, en produisant des textes à leur tour.  Le professeur d’anglais James M. Lang, chroniqueur régulier du Chronicle of Higher Education, a complété fin septembre une série de trois articles sur celles-ci, qu’il qualifie alternativement de «méthode d’enseignement » ou d' »approche d’enseignement ».  Dans le premier article, il témoigne de son essai de la méthode lors d’une démonstration de Defining a Nation: India on the Eve of Independence, 1945 pendant le colloque annuel à propos de ces jeux au Barnard College à New York, dans le second, il explique comment fonctionne en classe une partie de « Reacting to the Past » et comment elle peut être enrichissante pour les étudiants.

Le dernier papier est sans doute le plus intéressant, alors que Lang réagit à la lecture de Minds on Fire: How Role-Immersion Games Transform College de Mark C. Carnes, le professeur qui a développé le concept de Reacting to the Past.  Le livre est sorti le mois dernier (septembre 2014) chez Harvard University Press.

Il relate deux arguments à la base du livre de Carnes: d’une part le fait de blâmer les étudiants pour leur manque de participation en classe n’a rien de nouveau. Carnes donne des exemples de telles opinions chez des universitaires tout au long des 19e et 20e siècles.  Un point commun de ce discours serait de regretter un « âge d’or » passé où les étudiants auraient été plus attentifs et plus stimulés.  Évidemment, Carnes conclut qu’une telle époque glorieuse n’a jamais existé.

D’autre part, les étudiants sont très motivés et participatifs mais pour ce que Carnes appelle des « subversive play worlds« , soit des jeux en ligne comme World of Warcraft, des compétitions de beuveries ou la course à la popularité dans les réseaux sociaux.  Pour Carnes, « Reacting to the Past » capitalise sur cette propension des étudiants de s’investir de manière importante dans certaines activités ludiques extra-scolaires.

Carnes explique quelles sont les conséquences pour l’enseignement des conclusions de ses deux arguments:

« It may also mean letting go of the long-held notion that it’s the professor’s job to stand in front of the room and teach, and that whatever happens out in the cheap seats is really none of our business. The success of Reacting to the Past suggests that, rather than think of ourselves as content delivery vehicles, we faculty may have to reconceive our role as that of an architect or curator of a learning space. That’s exactly what happens when you run a Reacting game in your course. The game requires you as the professor to carefully design and prepare for the course, but once it has begun, you step back and let the students take charge of their learning. » (Lang, 2014; nos emphases)

Lang conclut par deux bémols:

  1. Les parties de Reacting to the Past sont extrêmement exigeantes, si bien qu’il serait inconcevable que les étudiants utilisent cette méthode dans tous leurs cours.
  2. Les parties de Reacting to the Past reposent sur la compétition entre étudiants.  Pour Lang ce n’est pas nécessairement un problème, mais on sent qu’il souhaite qu’un équilibre soit atteint avec des méthodes d’apprentissage plus collaboratives.

Sources:
Lang, James M., « Being Nehru for 2 Days », The Chronicle of Higher Education21 juillet 2014
Lang, James M., « How Students Learn From Games », The Chronicle of Higher Education25 août 2014
Lang, James M., « Stop Blaming Students for Your Listless Classroom», The Chronicle of Higher Education, 29 septembre 2014

 

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