Mort des méta-récits et essor des micro-récits: savoir écouter les étudiants postmodernes

Dans un article dans le magazine Forbes, le professeur Karl Moore du Département de stratégie et des organisations de McGill enjoint les gestionnaires à écouter davantage leurs jeunes employés de la génération du millénaire.  Si ce n’est pas vraiment nouveau comme recommandation, la raison qu’il offre pour privilégier cette écoute me semble importante pour les enseignants.

Selon lui, l’idée postmoderne de l’échec des grands méta-récits qui expliquaient le fonctionnement du monde (le capitalisme, le communisme, etc.) serait à l’origine de l’intérêt des jeunes pour les micro-récits, plus immédiats et davantage vérifiables:

« Micro-narratives are seen as reality by Postmoderns. These are small, local stories that rely on human experience. These stories are their own; they are ones Postmoderns have personally experienced. Their truth derives from their own lived moments. The end result is a knowledge base that is deemed equally as valuable as the next persons, “a multiplicity of theoretical standpoints”. Micro-narratives encourage dialogue. They ultimately create debate. There is no longer one explanation; each person possess a valid opinion.

Young people therefore want to be heard and must be heard. In their minds, in their worldview, their story is simply as good as yours. It may not be 100% true, but that is the worldview that we teach them in universities today. Sorry about that! » (Moore, 2014)

Si on exclut les dernière phrases qui m’apparaissent un peu présomptueuses – qui enseigne la supériorité des micro-récits à l’université? – , le message que les étudiants actuels ne valorisent pas autant l’expérience que ceux qui les ont précédés me semble important.  Moore explique aux gestionnaires que les jeunes travailleurs risquent de ne pas avoir pour leurs patrons le respect attendu: « Young people believe that their story, or truth, is as good, or nearly as good, as yours. They do give you a bit of credit, but nowhere near what you gave your boss back when you were in your 20s. »  Possible que certains enseignants s’attendent aussi à une certaine déférence liée au savoir qu’ils détiennent.  Malheureusement, dans un monde où l’information est aussi accessible, la connaissance n’a pas la même cote.  Reste la sagesse qui n’est peut-être pas toujours appréciée à sa juste valeur.

La thèse de Moore aurait le mérite d’expliquer pourquoi ces enseignants risquent d’être déçus…

Source:  Moore, Karl, « Working With Millennials — Why You Need To Listen More And Talk Less », Forbes, 8 juillet 2014

Interne: MIT: une diplomation plus rapide pour accueillir davantage d'étudiants
La pédagogie des sciences humaines numériques? (livre)

Commentaires

  1. Rodolfo Felices a écrit:

    Merci Jean-Sébastien, cela me semble bien refléter l’état d’esprit de cette génération. Alors que je présentais une revue des postures savantes sur un point litigieux, une étudiante a fait la remarque à voix haute en classe, sans aucune gêne : «Ce ne sont que des opinions». À la limite, je peux vivre avec le peu de crédit qu’une étudiante ou qu’un étudiant puissent m’accorder comme enseignant, mais lorsque cela s’étend aux publications savantes reconnues, c’est tout le système du savoir universitaire qui est remis en cause. Épiphénomène ou tendance lourde? Légèreté de certains jeunes ou trait générationnel répandu?…

Exprimez-vous !

*