Des badges à l’échelle d’un cours: impacts pédagogiques et fiabilité de la certification

En marge des relevés de notes traditionnels, l’attribution de badges par un nombre croissant d’institutions est généralement présentée comme une modalité administrative de certification des acquis; rarement s’arrête-t-on aux impacts pédagogiques de ce genre d’initiative. C’est justement l’intérêt d’un billet récent du blogueur Joshua Kim relatant les observations d’un professeur et d’un concepteur pédagogique ayant choisi de développer un nouveau cours en y intégrant un certain nombre de badges.

L’objectif premier était de bonifier les résultats traditionnels figurant au relevé de notes en y ajoutant des badges certifiant l’atteinte de certaines habiletés spécifiques à ce cours portant sur les médias et le savoir numérique (« digital scholarship »). On voulait ainsi expliciter les habiletés pratiques acquises dans le cadre du cours, et ce de façon plus précise que ne le font le titre du cours et le résultat chiffré figurant au bulletin.

Their grade says « I got an A in the course » but the badge says « I can search, collect, edit, collaborate, compose, curate, annotate, and analyze digital video, audio, and text. »

Non seulement cette certification fragmentaire permet-elle à l’étudiant d’appuyer la démonstration de sa compétence à l’extérieur du milieu académique, mais les responsables du cours font remarquer son utilité pour les enseignants des autres cours, qui peuvent ainsi mieux cerner les acquis et le niveau de préparation des étudiants de leurs groupes. Les badges pourraient ainsi devenir un puissant levier de concertation sur le plan pédagogique, voire un moyen d’implanter une approche programme mieux intégrée.

Ils soulignent également l’impact important qu’a eu l’introduction des badges sur la planification et l’organisation pédagogique des activités d’apprentissage.

Through working on this project I’ve found that many of the conversations about badges aren’t actually about badges at all. The very possibility of badges exposes a lot of unresolved tensions around how we teach and learn.

Loin d’être anodin, ce commentaire laisse transparaître un enjeu fondamental : jusqu’à quel point les nombreuses habiletés ciblées (qui sont de très haut niveau, à en juger par l’exemple donné plus haut) peuvent réellement être atteintes dans le cadre somme toute très limité d’un tel cours? Sans compter l’évaluation, d’autant plus délicate vu le caractère binaire de l’attribution de la badge (réussie ou non). Quelle capacité l’étudiant a-t-il réellement pu démontrer ?

Quelle qu’en soit la réponse, les questions soulevées par l’attribution des badges ont, à coup sûr, un impact intéressant sur le plan pédagogique… Ne serait-ce qu’en raison des questions qui subsistent, et ce malgré leur apparente simplicité. Questions dont on peut se demander si elles ne rejoignent pas, tout compte fait, celles qui se posent au moment de définir n’importe quelles cibles de formation d’un cours ou d’un programme.

Source: Joshua Kim, « A Course Badging Case Study« , Inside Higher Ed, 1er juin 2014.

 

L'université dans 15 ans... selon des étudiants de 21 pays
Apparition de programmes "competency-based"... en ligne

Commentaires

  1. Très intéressant, l’impact des badges sur le design pédagogique de cours en ligne est un phénomène à surveiller.

  2. Rodolfo Felices a écrit:

    Merci pour la réflexion sur le sujet. La concertation pédagogique et la lisibilité des compétences acquises dans une formation, c’est évidemment souhaitable. Je m’interroge par contre sur l’hyper-standardisation des tâches à cette échelle… rend-elle vraiment compte des nuances d’une formation à l’autre, d’un domaine à l’autre, d’une institution à l’autre? Qu’en est-il de la perspective d’un approfondissement et d’une formation permanente : la badge ne cautionne-t-elle pas une approche quelque peu simpliste des apprentissages? Ne fige-t-elle pas le développement en profondeur au profit d’un développement horizontal des apprentissages («collectionner» en variété, au même niveau minimaliste)? Que fait-on de la nécessaire part de «redondance» pédagogique : revenir sur certains acquis pour les consolider ou les redéployer autrement? Grand merci de contribuer à éclairer notre réflexion sur ces enjeux.

Exprimez-vous !

*