L’inflation des notes n’est pas un problème selon certains auteurs

Position provocante de certains enseignants qui mettent en doute l’inflation des notes ou choisissent de ne pas s’en préoccuper parce qu’ils considèrent que cela fait partie de la vie universitaire.  Faut-il y voir un ras-le-bol vis-à-vis la culpabilisation qu’on tente de faire vivre à ces professeurs et chargés de cours, alors que de nombreux médias s’inquiètent du nivellement par le bas?  Ainsi pour David Gooblar:

« Grade inflation is one of those things that sounds much worse than it is. […] …­[T]he fact of the matter is that grade inflation is probably a victimless crime. There have been no convincing studies that demonstrate that higher grades lead to poorer learning outcomes for students. Some argue that giving better grades to more students does a disservice to those students who are truly exceptional, who deserve to stand head-and-shoulders above their peers. But a professor’s job is to educate all of her students—to help as many of them as possible to thrive in their studies—not to foster competition between them to separate the wheat from the chaff. Let employers and graduate schools come up with their own ways to evaluate students; you’ve got more important things to do. » (Gooblar, 2014, notre emphase)

Gooblar évoque aussi le danger qu’une trop grande attention aux notes n’amène les étudiants à ne développer que de la motivation extrinsèque pour leurs études, plutôt que la motivation intrinsèque liés aux apprentissages qu’ils en retirent. Toutefois, il est difficile de ne pas voir une certaine fatigue face à la tendance consumériste du système d’éducation actuel dans les propos de Rebecca Schuman:

 » If I graded truly fairly—as in, a C means actual average work—the “customers” would do their level best to ruin my life.  […] There are many categories of grade-grubber, and none of them are worth dealing with, so I’ve largely just acceded prematurely to their demands.  […] Where did students get the gumption to treat a grade as the opening move in a set of negotiations? As a professor, there is little worse than spending an entire semester attempting to connect about a subject you find both interesting and important, only to have them ignore everything you do until the moment their GPA [Grade Point Average; moyenne générale] is affected. And then, of course, it’s war.  » (Schuman, 2014, notre emphase)

À sa décharge, Schuman donne plusieurs exemples d’arguments d’étudiants-négociateurs entendus par des collègues ou par elle-même: accusation d’avoir perdu une bourse, menace de déportation si la moyenne baisse, impossibilité d’entrer à la Faculté de médecine, parents qui appellent, chantage auprès du doyen, mauvaises évaluations de l’enseignement (particulièrement critiques pour les chargés de cours), etc.

Gooblar se réfère par ailleurs à un article de l’auteur et conférencier Alfie Kohn (2002) qui cherche à démontrer qu’il n’y a pas de preuves objectives permettant de conclure à une inflation des notes:

« …The proportion of A’s and B’s received by students: 58.5 percent in the ’70s, 58.9 percent in the ’80s, and 58.0 percent in the ’90s. […] The bottom line: No one has ever demonstrated that students today get A’s for the same work that used to receive B’s or C’s. We simply do not have the data to support such a claim. » (Kohn, 2002 et mise à jour de 2004)

Kohn passe une partie de son article à réfuter les présupposés derrière les inquiétudes associées à l’inflation des notes, soit:

  • l’idée que les enseignants ont la responsabilité de discriminer les étudiants au bénéfice de leurs futurs employeurs ou pour les études supérieurs (Is the professor’s job to rate students like blenders for the convenience of corporations, or is it to offer feedback that will help students learn more skillfully and enthusiastically?)
  • l’idée que les étudiants sont en compétition pour obtenir des ressources artificiellement rares (The ultimate purpose of good colleges, this view holds, is not to maximize success, but to ensure that there will always be losers.)
  • l’idée que c’est mieux quand c’est difficile (…[T]o confuse excellence with victory is a tendency to confuse quality with difficulty…)
  • l’idée que les notes motivent les étudiants (…[T]the more people are rewarded, the more they come to lose interest in whatever had to be done in order to get the reward.)

Tant Kohn que Schuman mentionnent certains collèges comme Hampshire ou Alverno qui ont remplacer les notes sous forme de lettres par de la rétroaction « narrative », ce qui aurait eu l’effet d’augmenter le niveau intellectuel des échanges.

Est-ce que le phénomène existe?  Est-ce qu’il est inévitable?  Est-ce que les universités mettent trop l’emphase sur les notes?

Sources:

Gooblar, David, « Let’s All Stop Worrying About Grade Inflation« , Vitae, 21 mai 2014
Kohn, Alfie, « The Dangerous Myth of Grade Inflation« , THE CHRONICLE OF HIGHER EDUCATION, 8 novembre 2002, vol. 49, no. 11, p. B7
Schuman, Rebecca, « Confessions of a Grand Inflator« , Slate, 14 mai 2014

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