Crowdsourcing et abonnement comme modèles économiques en formation?

Depuis la fin février, le site français Educpros.fr publie une courte revue de presse bihebdomadaire de la journaliste Alice Gillet, correspondante aux États-Unis, autour de « l’innovation [éducative] made in USA».  Il en résulte un portrait contrasté où les inégalités d’accès côtoient les plus récentes avancées technologiques en éducation.

La plus récente livraison évoque les modes de fonctionnement de la compagnie Duolingo, qui développe une application donnant accès à des courts de langues gratuits, et Skillshare, un service de formation en ligne où des praticiens experts (ex: Seth Godin) donne des cours associés à leur domaine (marketing, pâtisserie, design 3D, etc.).  L’originalité de ces deux compagnies?  Alors que les cours de langues de Duolingo sont développés par des internautes bénévoles, les étudiants de Skillshare paient désormais un abonnement mensuel de 10$ pour avoir un accès illimité à des centaines de cours pratiques.  Alors que Duolingo emprunte clairement la philosophie de l’externalisation ouverte (crowdsourcing) inspirée de Wikipédia, l’abonnement de Skillshare est calqué sur l’industrie du divertissement en ligne (ex: Netflix et Spotify).

On pourrait mettre en cause la qualité des cours créés bénévolement pour Duolingo.  Or, il appert que la vingtaine de cours développée selon ce modèle jusqu’à présent a pris moins de temps (60 jours vs. 90 jours) et comporte moins d’erreurs (possiblement parce que les coauteurs se relisent les uns les autres).  La seule compensation des bénévoles: l’altruisme d’aider à faire apprendre leur langue maternelle et la reconnaissance de la communauté.

Dans le cas de Skillshare, il semble que les enseignants soient rémunérés en fonction de la fréquentation de leurs cours. Des vedettes comme Godin auraient reçu des compensations allant dans les six chiffres l’an dernier.  Cependant, l’inscription à chaque cours coûtait alors de 20$ à 30$ par étudiant.  Qu’en sera-t-il avec les abonnements mensuels?  Les fondateurs font le pari que ce modèle qui fonctionne dans l’industrie des médias fonctionnera aussi pour la formation en ligne.

Education on Skillshare is designed to be project-based (ideal if you’re building a portfolio), and students can work at their own pace. Online learners can juggle a class or two a month while working a full-time job. […]

“This move [towards a subscription-based model] is key for us as we move to a lifelong learning model,” [cofounder Michael] Karnjanaprakorn explained. “We want Skillshare to be the place where you can keep learning.”

Par ailleurs, deux autres livraisons de la même chronique suggèrent que l’innovation en pédagogie ne passera pas nécessairement par les institutions, mais qu’elle sauterait un intermédiaire en visant directement  les particuliers.  D’une part, le marché de l’auto-apprentissage serait plus intéressant que celui des écoles ou des universités:

« …[L]a plupart des start-up souffrent, selon [Markus Witte, PDG de Babbel, un logiciel linguistique], de l’inertie du gouvernement et du corps enseignant, qui freinent l’innovation. Les périodes de test des technologies émergentes imposées par les établissements sont trop longues, les processus d’implémentation des outils trop rigides… Bref, les produits qui s’adressent aux établissements scolaires sont figés dans des cycles de vente trop lents pour être viables.

Witte en conclut que la révolution numérique de l’éducation ne peut pas se faire de l’intérieur. Les technologies émergentes doivent être mises directement entre les mains des élèves, des étudiants et autres particuliers désirant s’instruire. » (18 avril 2014)

D’autre part, plusieurs des compagnies prometteuses dans le domaine de l’éducation se basent sur des idées simples et un modèle de vente directe au consommateur:

« Quelques exemples de réussite : ClassDojo (20 millions d’utilisateurs) permet aux enseignants de donner des bons points virtuels aux élèves, Remind101 (10 millions d’enseignants) est un service de SMS pour connecter enseignants, parents et élèves, tandis que StudyBlue (5 millions d’utilisateurs) propose aux élèves de confectionner leurs propres fiches mémo numériques pour tester leurs connaissances et mémoriser les leçons.

Outre des solutions technologiques simples, ces start-up ciblent élèves et enseignants directement, en proposant des offres gratuites ou freemium. » (23 mars 2014)

Sources:

Evans, Lisa, « THE COMPANY REINVENTING HOW TO LEARN A NEW LANGUAGE« , Fast Company, 27 mars 2014
Farr, Christina, « Skillshare debuts new Spotify-like membership model for online education (exclusive) », VentureBeat News, 19 mars 2014
Gannes, Liz, «In Education Technology, Startups With Big Impact Tend to Be Rather Simple», Re/Code, 28 février 2014.
Gillet, Alice, « Badges éducatifs et protection des données : l’innovation made in USA», Educpros,fr,  23 mars 2014
Gillet, Alice, « Éducation et crowdsourcing : l’innovation made in USA », Educpros,fr, 11 avril 2014
Gillet, Alice, « Google Glass, fracture numérique, autoapprentissage : l’innovation made in USA », Educpros,fr, 18 avril 2014
Witte, Markus, « The Learning Revolution: It’s Not About Education », Wired, 6 janvier 2014. 

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