Du cyber-harcèlement jusqu’à l’université, d’après une étude canadienne

Le phénomène de la cyberintimidation est généralement associé à l’adolescence.  D’ailleurs peu de recherches touchent le niveau universitaire.  Des chercheuses de l’Université Simon Fraser ont toutefois sondé 2000 étudiants de quatre universités canadiennes (deux en Colombie-Britannique, une dans les Prairies et une dans les provinces atlantiques) et mené des entrevues avec une trentaine de personnes.

Il en ressort qu’une personne sur cinq aurait été victime d’intimidation par le biais d’Internet à l’université. « Les chercheuses ont constaté que l’intimidation touche les femmes de façon disproportionnée : les femmes représentaient 74 pour cent des étudiants et 70 pour cent des enseignants intimidés. »:

« Certains étudiants ont dit avoir été intimidés par message texte ou par courriel, mais la plupart l’ont été sur Facebook. Ils ont raconté avoir découvert des photos modifiées d’eux-mêmes sur les médias sociaux, subi des moqueries en raison d’échecs scolaires ou d’une maladie mentale et reçu des messages texte offensants de la part d’anciens partenaires. » (Samson, 2014)

Mais des enseignants considèrent également s’être fait intimidés.  Alors qu’une proportion de plus en plus grande de l’enseignement et des activités pédagogiques se déplacent en ligne, est-il surprenant que des incidents de harcèlement s’y produisent aussi?  On mentionne notamment les commentaires négatifs affichés sur le site Rate My Professor.

« Certains ont été intimidés par des étudiants […]; ils ont toutefois été plus nombreux à avoir été intimidés par des collègues.

Une professeure a raconté à Mme [Wanda] Cassidy [professeure et directrice du Centre for Education, Law and Society (CELS)] qu’un collègue masculin la « mitraillait » de courriels « abominables » critiquant son travail et la qualifiant d’incompétente. Après avoir nié être l’auteur de ces messages, ce collègue lui a dit qu’elle les méritait.

« Le plus problématique, c’est que rien n’a été fait lorsqu’elle a fait appel à ses supérieurs, explique Mme Cassidy. On lui a dit que les politiques de l’établissement ne pouvaient rien contre lui puisqu’il avait sa permanence. » (Samson, 2014)

Elle n’est pas la seule: « Just over half of the surveyed students and faculty said they tried to stop cyberbullying. But less than half of them reported success. Cassidy said that’s partly because few university policies specifically address online bullying. » (Luk, 2014)  Le groupe de recherche a examiné les règlements de 75 universités [« 465 politiques (codes de conduite des étudiants, politiques d’utilisation acceptable des ordinateurs, politiques sur le harcèlement sexuel et la discrimination, etc.) »] entre novembre 2011 et janvier 2012.  Résultats: si la plupart des institutions ont des règlements pour contrer le harcèlement ou les cas d’inconduite en lien avec l’usage des ordinateurs, aucune ne mentionne sciemment la « cyberintimidation » (terme associée à une conduite plus juvénile) ou son pendant adulte qu’une chercheuse qualifie de « cyber-harcèlement » (« … if this isn’t cyberbullying, it might be cyber harassment.» [Luk, 2014]).

…[L]es étudiants et les professeurs sont conscients du problème de la cyberintimidation à l’université, mais qu’on « ne les en informe pas », a précisé M. Waterhouse. Un étudiant s’est notamment demandé pourquoi on ne parlait pas de cyberintimidation et de harcèlement de la même façon qu’on insiste expressément sur la politique de l’université contre le plagiat dans les plans de cours au début des trimestres. (Samson, 2014, notre emphase)

Or, les conséquences du cyber-harcèlement ont des répercussions tout à fait «  adultes »:  «…[T]he emergence of cyberbullying in an older population comes with grown-up consequences, such as ruined professional relationships or reputations, anxiety, sleep deprivation and thoughts of suicide. »

Sources:
Luk, Vivian (CP), «Cyberbullying common on campus: study », MacLeans OnCampus, 11 mars 2014
Samson, Nathalie, « Les universités canadiennes se heurtent à la cyberintimidation, selon une étude », Affaires universitaires, 9 avril 2014

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