Et si Keynes avait eu raison? 47 % des emplois pourraient disparaître d’ici 20 ans

Dans The Future of Employment: How Susceptible Are Jobs To Computerisation? (septembre 2013, 72 p.), les chercheurs d’Oxford Carl Benedickt Frey et Michael A. Osborne prennent « en compte les avancées récentes dans deux domaines principaux : l’apprentissage des machines et les robots mobiles. Puis ont établit une projection. »  Ils « estim[ent] le potentiel de remplacement des humains par des machines intelligentes » (ce que le journaliste Fontaine appelle l’ordinatorisation – et qui remplace la robotisation) pour 702 emplois.

« Les capteurs, le Big Data et l’évolution des interfaces hommes-machine permettent à certains métiers d’augmenter la quantité de travail abattue par un salarié mais permettent également d’en remplacer d’autres totalement. Les progrès en synthèse et reconnaissance vocales, couplés à ceux obtenus en termes de langage naturel et d’obtention de réponses adéquates permettent à des sociétés comme SmartAction de fournir des solutions qui pourront prendre en charge 60 à 80 % des appels d’un « call center « . […]

Certains secteurs courent peu de risques d’être automatisés, comme l’éducation ou la santé. Même si certains métiers de ces domaines pourront l’être. En revanche, les métiers de la vente, les emplois administratifs, agricoles ou même du transport courent eux de bien gros risques.  Pour cette dernière activité, on pense notamment à l’impact que pourrait avoir des voitures et camions autonomes sur les métiers de chauffeurs de taxi ou de routiers. »». (Fontaine, 2014, notre emphase)

Frey et Osborne classent ces différents métiers dans trois catégories à haut, moyen et faible risques d’être « ordinatorisés ».  Pour les États-Unis, « [p]rès de la moitié de la population américaine [47 %] pourrait être remplacée par des robots ou machines « intelligentes » dans « un nombre indéfini d’années, peut-être dix à vingt ans », précisent-ils. »  Ils citent l’économiste John Maynard Keynes pour qui un large chômage technologique serait « dû au fait que notre découverte de moyens d’économiser les forces de travail est bien plus rapide que le rythme auquel nous trouvons de nouveaux usages pour la main d’œuvre ».

Le journaliste Quentin Périnel du Figaro rappelle aussi que « En 1930 déjà, l’économiste anglais John Maynard Keynes prédisait – dans une fiction – qu’un siècle plus tard, on pourrait se contenter de travailler 15 heures par semaine, et que le principal problème résiderait dans la répartition du travail.  »  Il s’entretient avec le chercheur en sciences sociales belge Paul Jorion (élève de Claude Lévi-Strauss) qui explique que le travail disparaît… et pas que pour les métiers manuels:

« …L’ordinatisation des métiers va à la fois toucher les métiers «simples» et «complexes», ce sont les métiers qui allient travail manuel et réflexion qui seront plus difficilement remplaçables.  […] Le métier de trader, par exemple! Pour l’assister dans ses tâches, le trader dispose de logiciels qui peuvent effectuer plus de 2000 opérations à la seconde… Il pourrait aussi faire ces opérations lui-même , mais beaucoup plus lentement. Aujourd’hui, le rôle du trader se limite donc à superviser ses machines, et ne comporte plus aucune part d’intuition, comme c’était le cas il y a quelques années…  […] L’emploi et le travail sont voués à disparaître. Des questions essentielles se poseront alors: comment donner un revenu aux gens qui ne soit pas lié au travail? Comment occuper les gens? Au XIXe siècle déjà un philosophe émettait l’hypothèse suivante: si l’homme est un jour remplacé par une machine, alors il devrait avoir droit à la moitié des gains engendrés par la machine qui l’a remplacé. C’est un schéma auquel nous pouvons aujourd’hui penser. » [Périnel, 2014, nos emphases]

Si Frey et Osborne considèrent que l’avantage qu’il restera à l’humain sur la machine c’est la créativité et le relationnel (« Pour qu’ils gagnent la course, les travailleurs devront développer des compétences sociales et créatives »), Jorion estime quant à lui que « la seule chose qui manque aux logiciels et aux programmes informatiques est un facteur essentiel pour remplacer l’humain: il s’agit de l’émotion et de l’affect. »  Il ajoute toutefois: « [C]e «manque» sera résolu dans 5 ans maximum. »

Sources:

Fontaine, Pierre, « 47% des emplois pourront être confiés à des ordinateurs intelligents d’ici 20 ans », 01net, 10 janvier 2014
Périnel, Quentin, « Pourquoi le travail et l’emploi vont disparaître », Figaro, 15 janvier 2014
Périnel, Quentin, « Comment la société produit des métiers  ‘inutiles’ », Figaro, 11 septembre 2013

 

 

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