Jacques Attali veut que les universités s’occupent de formation permanente… et que les diplômes soient temporaires

Suggéré par Sonia Morin.  L’économiste, haut fonctionnaire, éditorialiste et auteur bien connu a une opinion bien arrêtée sur l’obsolescence de la valeur des diplômes universitaires:

« Pendant des siècles,  les connaissances acquises à l’université restaient valables tout au long de la vie. Ce n’est plus le cas aujourd’hui.  […] …[L]es savoirs, aussi bien assimilés soient-ils,  sont de plus en plus vite obsolètes : les  connaissances apprises en médecine, en école d’ingénieurs ou de commerce, et dans toutes les universités, sont aujourd’hui dépassées moins de 5 ans après l’obtention des diplômes. […] Pour pallier ces lacunes on assiste, partout,  à  la prolifération d’entreprises commerciales, dites «  de formation permanente », aux compétences parfois douteuses, dont les formations ne sont contrôlées et  validées en général par personne. D’où  le discrédit croissant des diplômes, et l’importance accrue de la formation par le travail. D’où le fait que les recruteurs attachent de plus en plus  souvent  plus d’importance aux CV qu’aux diplômes.»

Les solutions d’Attali:

  1. les universités doivent assurer elles-mêmes la formation permanente « si elles ne veulent  pas disparaître un jour du paysage de l’enseignement supérieur et professionnel »;
  2. les entreprises doivent faire pression sur les universités pour que ces dernières reconnaissent des parcours professionnels comme équivalents à des diplômes (lire: reconnaissance des acquis);
  3. « Il est enfin urgent pour l’Etat, de les y conduire en ne donnant aux diplômes universitaires qu’une validité temporaire, à confirmer à intervalles réguliers.»

En conséquences, pour l’auteur, cela devrait conduire à…

  • raccourcir la durée des études initiales;
  • contrôler réellement la valeur pédagogique [des] stages;
  • faire en sorte que les universités et les entreprises dialoguent pour « que tout emploi fournisse une réelle occasion d’apprendre »;
  • valider par un certificat universitaire la formation acquise par le travail ou par une formation en ligne [l’auteur mentionne les MOOC en introduction];
  • avoir pour tous des CV en ligne
    • « …contenant toutes ces informations, avec la mention des organismes ayant certifié la sincérité  des compétences qui y sont affirmées.  Les entreprises pourraient alors recruter non en cherchant un diplômé de telle ou telle école, mais quelqu’un disposant d’une palette précise de compétence, que les CV en ligne permettraient aisément d’identifier. » [Vous avez dits « badges » quelqu’un? Mais Attali ne les nomme pas aussi explicitement…]

«Cela réduirait massivement le coût de l’enseignement supérieur et pousserait les étudiants à avoir une approche beaucoup plus modulaire de leurs formations qu’ils devraient penser sur leur vie entière. » [Attali, 2014, notre emphase]

Source: Attali, Jacques, « Faut-il dynamiter les diplômes? », L’express – blogue de Jacques Attali, 20 janvier 2014.

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Commentaires

  1. rfelices a écrit:

    Je suis pour une formation par compétences, pour les stages et pour une formation continue, mais la formation initiale demeure à mon avis un acquis essentiel, dont le diplôme ne devrait pas être dévalué par le passage du temps. À force de vouloir préparer à l’emploi, dans un contexte d’évolution rapide des savoirs, le monde universitaire risque de ne plus former à penser convenablement. L’université finirait par devenir complice de l’empire médiatique et économique des idées ou pire par croire vraiment en la valeur de la pensée jetable. Pour le moment du moins, l’université demeure un des rares bastions où l’on défend encore la valeur des fondements, de ce qui perdure, et non seulement la valeur indiscutable de la recherche et de l’innovation. Gardons précieusement nos diplômes, je vous prie.

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