42, une école d’informatique française gratuite et qui se veut révolutionnaire

Grace au University World News, je viens de découvrir une nouvelle que j’avais complètement manqué au printemps dernier. Xavier Niel, patron milliardaire de la firme Free, a démarré en mars 2013 une école privée d’informatique avec Nicolas Sadirac, ancien fondateur d’Epitech.  Constatant, le manque de développeurs qualifiés formés en France, le retard français dans le monde du numérique et l’incapacité des écoles existantes à former des employés intéressants pour l’entreprise, ces messieurs ont fondé leur école dans une ancienne station de gare, avec l’appui de la mairie parisienne et des caisses de dépôt.

Quelques caractéristiques de cette école d’informatique :

  • La formation est gratuite pour qui  a de 18 à 30 ans et parvient à se qualifier.
  • L’école est ouverte 7 jours sur 7, 24 heures sur 24.  On peut y dormir (sur le sol) et y manger.  Des douches sont disponibles. Trois étages avec 300 ordinateurs Mac chacun sont disponibles aux étudiants.  Elle est située dans le 13e arrondissement.
  • Elle n’exige aucun diplôme ni connaissances en informatique, mais suite à un test de présélection en ligne (de 4 h !), on doit « survivre » à la « Piscine » (« apprend à nager ou coule »).  Il s’agit d’un « camp de sélection » d’un mois où il faut résoudre des problèmes informatiques quotidiens inspirés de cas réels, seuls ou en équipe.  Sur 4000 candidats, 1000 seront retenus.
  • Le programme dure 3 ans, mais on garantie pratiquement un emploi à la sortie, puisque les employeurs qui soutiennent l’école veulent embaucher ses diplômés.  On promet des salaires d’environ 60 000 $ / année (40 000 à 50 000 euros).
  • Autrement, les diplômés peuvent approfondir leurs connaissances pour deux ans supplémentaires et ils seront encouragés à démarrer leurs propres compagnies innovantes. M. Niel offrira du financement initial à 90%.  À terme, les locaux serviront aussi d’incubateur de start-ups.
  • L’école prétend fonctionner selon une logique collaborative (peer to peer) proche de celle du milieu du travail.  Pas de cours magistraux.  Les étudiants codent et sont mis en situation.  Comme en entreprise, tous les membres de l’équipe doivent s’aider et s’entre-corriger, mais les délais sont courts, la pression importante.  Comme en entreprise, l’erreur n’est pas admise.  Un directeur-adjoint donne l’exemple de la fusée Ariane qui a explosé à cause d’une erreur de code.
  • On veut promouvoir une nouvelle pédagogie pour l’ère du numérique, une pédagogie « 2.0 » qui ne laisse personne derrière, une révolution de l’enseignement de même envergure que celle du logiciel libre en informatique.

Plusieurs critiques ont été adressées à cette école:

  • Les étudiants travaillent sur des iMac, dont la programmation n’est pas exactement un exemple de code ouvert.
  • Les enseignants semblent peu « pédagogues » en définitive, retournant les étudiants qui ont des questions à leurs pairs ou à Internet (voire, les accablant d’insultes…).
  • On a accusé M. Sadirac de copier le programme d’Épitech, ce qui pose des questions de propriété intellectuelle.
  • Certains ratés techniques  (ex: serveur surchargé) sont venus ternir les premiers mois de l’école.
  • Il n’y a que 8 % de filles, comme ailleurs en informatique.

Sources:

42, site Internet de l’école, particulièrement la section « Notre pédagogie ».

BastienLQ, « 42, l’école en carton de Xavier Niel et Nicolas Sadirac« , Médiapart, 22 juillet 2013

Myklebust, Jan Petter, « Intense competition for new ‘42’ IT start-up academy« , University World News, n.o 292, 18 Octobre 2013.

Serrand, Guillaume, « Deux semaines en immersion à l’école 42 de Xavier Niel« , 01 Business, 30 août 2013

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