Quand un MOOC se casse la gueule

Ça ne s’invente pas.  Alors même que le monde universitaire a les yeux tournés vers les MOOC pour voir si le modèle tient la route, Georgia Tech lance sur Coursera un MOOC intitulé « Fundamentals of Online Education: Planning and Application » donné par une jeune enseignante ayant apparemment peu d’expérience.  Bien sûr, de nombreuses personnes intéressées par la question, incluant des professeurs d’universités et des experts en formation à distance, s’y inscriront (environ 40 000!).  C’est gratuit après tout.

De mauvais choix technologiques – des serveurs qui ne peuvent accommoder des nombres aussi grands d’étudiants (étudiants qui ne peuvent s’y inscrire, entrées précédentes effacées par de nouvelles entrées), des forums qui ne limitent pas le nombre de participants, etc. – et de mauvais choix de méthodes pédagogiques (demander à 40 000 étudiants de travailler en équipe!), liés à des explications insuffisantes (pourquoi se mettre en équipe exactement? que faire quand on ne parvient pas à s’inscrire aux forums?) ont amené la formatrice à fermer le cours au bout d’une semaine avec le message suivant:

« We want all students to have the highest quality learning experience. For this reason, we are temporarily suspending the ‘Fundamentals of Online Education: Planning and Application’ course in order to make improvements. We apologize for any inconvenience that this may cause. We will inform you when the course will be reoffered.« 

Pour un cours qui vise à montrer aux étudiants comment planifier et gérer des cours à distance…

Disons que quelqu’un qui aurait sciemment voulu faire passer les MOOC du « pic des attentes exagérées » à la « vallée des désillusions » dans le cycle d’adoption technologique de Gartner ne s’y serait pas pris autrement.  De manière générale, les commentateurs sympathisent avec la formatrice: des cours qui vivent des ratés se produisent souvent… mais rarement de manière aussi publique!

Tony Bates s’interroge sur l’absence apparente de contrôle de la qualité:

« Where is the quality control? Surely Coursera should accept some responsibility for this. They are getting paid by the institutions to host these courses. Shouldn’t they at least be asking some questions about what tools people are planning to use, and whether or not they will work with very large numbers? Are they doing due diligence before accepting and advertising their MOOCs? Apparently not. Nor did Georgia Institute of Technology. What has this done to its reputation? »

Au-delà de la réputation d’une seule institution, Bates s’inquiète de l’impact que cela aura sur l’image de la formation à distance.

Debbie Morrison, une étudiante blogueuse qui a vécu de l’intérieur cette courte expérience de MOOC suggère des manières d’éviter le genre de problèmes qui ont affligé ce cours.  Elle rappelle que le design pédagogique pour de la formation à distance de petits groupes est bien différent du design pour des cours à aussi grande échelle.

1) The instructional model is shifting to be student-centric, away from an institution or instructor-focused model.

2)  Sound instructional design is the key to supporting self-directed learning experiences.

3) Prepare students for the Learning Experience.

Morrison affirme avoir été très satisfaite d’autres MOOC qu’elle a suivi et qu’elle suit actuellement.

Sources: 

Bates, Tony, « When MOOCs Crash and Burn« , Online Learning and Distance Education Resources, 5 février 2013.

Jaschik, Scott, « MOOC Mess« , Inside Higher Ed, 4 février 2013.

Morrison, Debbie, « How NOT to design a MOOC: The Disaster at Coursera and How to Fix it« , Online Learning Insights, 1er février 2013

Morrison, Debbie, « The MOOC Honeymoon is Over: Three Takeaways from the Coursera Calamity« , Online Learning Insights, 5 février 2013

Trop-plein de nouvelles sur les MOOC (MOOC2Degree, Antioch University et cie)
Prendre le rôle de l'apprenant pour mieux organiser les contenus des sites de formation à distance

Commentaires

  1. Francheska Gaulin a écrit:

    Christine Vaufrey en parle de façon très humaine et nuancée sur son blog du 6 février, tout en faisant ressortir les 3 constats suivants :
    – ne s’improvise pas prof en ligne qui veut
    – ne s’improvise pas concepteur et animateur de MOOC qui veut
    – internet qui est l’ami indispensable du MOOC (lorsqu’il s’agit de promouvoir, de recruter, etc.), peut rapidement devenir son pire ennemi (lorsque les choses ne vont pas comme prévu)

    http://blog.educpros.fr/christine-vaufrey/2013/02/06/les-apprentis-sorciers/

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