Les MOOC, d’abord une réponse à des besoins économiques ?

Hubert Guillaud d’Internetactu commet un article où il associe davantage l’innovation pédagogique (notamment l’intégration de technologies comme les MOOC) aux impératifs économiques plutôt qu’à une profonde volonté d’améliorer l’apprentissage ou de démocratiser l’accès à l’éducation…

« A défaut de faire la démonstration de leur apport éducatif, cet exemple [celui de l’impact limité de l’OLPC en Éthiopie] montre bien que la question économique est au coeur de la question scolaire et que plus que renouveler l’apprentissage, les nouvelles technologies remettent en question l’économie même de l’éducation… Les TICs offrent une solution d’apprentissage qui n’est pas plus parfaite que l’éducation traditionnelle, mais qui risque bien de déstabiliser en profondeur le modèle scolaire que nous connaissions jusqu’alors, en proposant une offre censée être plus économique (même si Matt Richtel, encore, a montré que les économies n’étaient peut-être pas aussi évidentes que les tenants de l’électronique à l’école l’affirmaient : voir “Education et nouvelles technologies : y croire ou ne pas y croire ?”). »

Pour Guillaud, il faut « …voir combien cette bataille de l’accès aux cours en ligne est depuis l’origine une bataille d’innovation scolaire entre grandes écoles, qui utilisent ces outils pour améliorer leur notoriété internationale dans la grande lutte pour le recrutement des meilleurs élèves et des meilleurs professeurs.  Le Mooc relance la course à la concurrence entre grandes écoles introduit par l’ouverture de répertoires de cours en ligne sur le modèle des entrepôts d’Open Course Ware du MIT lancé en 2001. »

Un aspect intéressant de l’article, c’est qu’il cite le point de vue de Thrun et Norvig (les professeurs responsables du MOOC de Stanford) quant à ce qui distingue les MOOC de l’enseignement en ligne traditionnel :

« Pour [Sebastian] Thrun [de Udacity], cela réside dans l’engagement des élèves. Jusqu’à présent, la plupart des classes en ligne consistaient en conférences filmées. Or si les cours magistraux sont déjà ennuyeux, les cours enregistrés sont encore moins engageants, estime le chercheur. Si les Moocs utilisent la vidéo, les séquences sont généralement découpées en segments brefs, ponctués par des exercices et des quizz en lignes. L’idée est de faire participer les étudiants aux leçons en leur offrant des exercices en ligne qui renforcent leur compréhension et leur mémorisation. Pour [Peter] Norvig une autre différence entre les Moocs et leurs prédécesseurs repose sur l’économie. Alors que les programmes d’e-learning traditionnels étaient des formations la plupart du temps payantes, leçons et exercices des Moocs sont produits et mis à disposition gratuitement… Même si [Nicholas] Carr ne le souligne pas, c’est bien encore une fois le modèle économique de l’éducation qui est mis en question. »

Par ailleurs, l’article de Guillaud repose abondamment sur un texte de l’écrivain Nicholas Carr, critique d’un certain utopisme technologique, notamment quant à la « logique des grands ensembles » tributaire de cette massification de l’enseignement :

« Ce n’est pas une coïncidence si Udacity, Coursera ou edX sont tous dirigés par des informaticiens, souligne encore Nicholas Carr. Les Moocs doivent exploiter les dernières avancées des traitements à grandes échelles des données, d’apprentissage automatique. La plupart des tâches qui étaient assurées par des professeurs et leurs assistants (tutorat, notation, modération des discussions…) doivent être automatisées. Des logiciels d’analyse avancée sont également nécessaires pour analyser les énormes quantités d’informations sur le comportement des élèves recueillies pendant les cours. En utilisant des algorithmes pour repérer les tendances dans les données, les programmeurs espèrent identifier les styles d’apprentissage et y adapter leurs stratégies d’enseignement, afin d’affiner la technologie. Ces techniques d’intelligence artificielle doivent faire passer l’enseignement supérieur “à l’ère industrielle et à l’ère du numérique”.

Reste que pour l’instant, les organisations peinent à analyser les données amassées. “Il faudra un certain temps avant que les entreprises soient en mesure de transformer les informations qu’elles recueillent en nouvelles fonctionnalités pour les professeurs et les étudiants”, estime Carr.»

Guillaud passe en revue certaines limites des MOOC :

  • Leur fonctionnement repose sur cette « logique des grands ensembles »
  • Faible interaction entre maîtres et étudiants (forums insuffisants)
    • « Les chercheurs qui sont sceptiques sur les MOOC rappellent que l’essence de l’enseignement réside dans une subtile interaction entre étudiants et enseignants et que celle-ci ne peut être simulée par les machines, quel que soit le degré de sophistication de la programmation. »
  • Taux d’abandon élevé
    • « …L’un des sujets de préoccupation est le taux élevé d’abandon qui sévit sur les Moocs. Sur les 160 000 personnes qui se sont inscrites au cours d’intelligence artificielle de Norvig et Thrun, seulement 14 % ont terminé le cursus. Sur les 155 000 étudiants qui se sont inscrits à un cours du MIT sur les circuits électroniques en 2012, seulement 23 000 ont terminé le premier jeu de problèmes. Seulement 7 000 (soit 5 %) ont réussi le cours. Certes, c’est bien mieux que le nombre d’étudiants qui terminent le cours en présentiel chaque année – ils sont 175 -, mais le taux d’abandon met en évidence la difficulté de garder les étudiants en ligne attentifs et motivés. »
  • Évaluation par les pairs

Répondant à des impératifs économiques les MOOC seraient-ils davantage des outils de recherche que d’enseignement ?

« Alors que les Moocs intègrent peu à peu les routines d’apprentissage dans leurs programmes, leurs ambitions dans la fouille de données vont bien au-delà du tutorat. Les cours en ligne ouverts et massifs peuvent générer d’immenses quantités de données pour rendre l’apprentissage automatique encore plus efficace. Coursera mesure ainsi de nombreuses variables : le logiciel regarde pour chaque cour si un étudiant fait une pause ou augmente la vitesse de lecture. Chaque action permet au système de s’améliorer.

Ces plateformes sont donc autant une plateforme d’enseignement qu’un outil de recherche en éducation. L’apprentissage automatique peut, par exemple, ouvrir la voie à un système automatisé pour détecter la tricherie dans les classes en ligne, un défi d’autant plus pressant que les universités envisagent d’accorder des certificats (à défaut de diplômes) voir des crédits aux étudiants qui terminent avec succès leurs Moocs. »

Source : Guillaud, Hubert, « L’innovation éducative : une question économique ? », Internetactu.net, 17 octobre 2012.

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