États-Unis : l’accès aux études parmi les facteurs qui en font un cancre de la mobilité intergénérationnelle

En marge de la fête nationale américaine qui avait lieu cette semaine, le journaliste Éric Desrosiers du Devoir indique que la mobilité intergénérationnelle, un indicateur de progrès social, est au plus mal dans ce pays de « l’égalité des chances ».

Ainsi, 65 % des enfants qui naissent au sein des 2/5e  les plus pauvres de la population américaine resteront dans ce groupe une fois adulte.  On retrouve des chiffres comparables à l’autre extrémité du spectre, alors que les riches restent riches.  Il ne reste donc qu’un cinquième de la population américaine qui jouit d’une véritable mobilité : « 23 % de ceux nés dans le quintile du milieu y étant toujours à l’âge adulte, alors que 36 % ont progressé dans l’échelle des revenus et que 41 % ont régressé. »  C’est un des plus mauvais résultats parmi les pays développés, selon une étude de Miles Corak, professeur titulaire d’économie à l’École supérieure d’affaires publiques et internationales de l’Université d’Ottawa.  « Sur 22 pays du Nord et du Sud, seules l’Italie et la Grande-Bretagne ont de moins bons résultats dans le club des pays riches, les États-Unis se classant non loin du Chili et du Pakistan, et plus près des derniers de classe brésiliens, chinois et péruviens… »  À titre indicatif, le Canada est dans le peleton de tête avec les pays d’Europe du Nord.

Évidemment, l’accessibilité ou non à une formation universitaire est un des facteurs qui influent sur cette mobilité :

Aux États-Unis, [la mobilité intergénérationnelle] pâtit notamment du fait que la pauvreté y est plus profonde et que le filet social y est plus ténu que dans la plupart des autres pays riches. Les écarts de salaires y sont plus élevés aussi entre les diplômés universitaires et les autres travailleurs, alors que le taux de décrochage est plus grand chez les pauvres et que les études universitaires n’ont jamais coûté aussi cher au pays. Le taux de syndicalisation et le salaire minimum sont également moins élevés aux États-Unis, ce qui joue en défaveur des plus bas salariés.

[…]
Pour corriger la situation, l’OCDE recommande, entre autres choses, que le pays procède à « une réforme complète » du financement et du fonctionnement de son système éducatif en ayant notamment en tête l’amélioration du sort des populations les plus vulnérables. « À l’heure actuelle, les États-Unis figurent parmi les trois seuls pays de l’OCDE qui, en moyenne, dépensent moins en faveur des élèves défavorisés qu’en faveur des autres élèves », déplore-t-on.  On le presse aussi de renverser cette tendance des 30 dernières années à adopter des réductions d’impôt « qui profitent de manière disproportionnée aux hauts revenus ».

Source : Desrosiers, Éric, « Le (mauvais) rêve américain », Le Devoir, 3 juillet 2012.

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