Un enseignement « localisé » en réaction à la formation en ligne ?

Le professeur James M. Lang du Assumption College au Massachusetts tente de répondre à la question « How can our courses and teaching capitalize on the benefits of a physical campus? » dans un article du Chronicle of Higher Education intitulé « The Grounded Curriculum ».  À la lumière des récentes initiatives de grandes universités en formation à distance (perçue par certains comme un nouvel El Dorado), Lang suggère plutôt de prendre avantage des installations et des répercussions concrètes et physiques d’une communauté universitaire qui réfléchit, fonctionne, consomme, produit… Bref, qui vit dans un milieu urbain local :

Traditional college campuses need to capitalize more effectively on the facts that they are a physical presence within a natural environment; that their presence plays host to many people working and living together in myriad formal and informal communities; that those communities are driven by educational, philosophical, economic, and sociological factors; and that those factors can be analyzed, understood, argued about, performed, and represented through the lens of just about every discipline under the sun.

Au-delà du service learning et des stages dans la communauté, Lang propose de permettre aux enseignants et aux étudiants d’influer sur leur campus et leur municipalité par des travaux provoquant des changements réels qui modifieront le milieu de façon durable.  En cela, il m’apparaît se proposer une variation « enseignement » du concept de living lab utilisé en recherche, bien qu’il ne le nomme pas en tant que tel :

What I am proposing is a « grounded campus » and a « grounded curriculum »—a radical reimagining of the campus and the town as a laboratory for more and more experiments in teaching and learning. Perhaps the notion of a laboratory is too limiting, since the fullest vision of my proposal includes learning experiences in which students not only study, explore, and represent their grounded environments but also make changes in them. I am proposing that we think of the campus as a laboratory in which we have the option to rebuild the lab itself if we so choose.

Il donne des exemples d’activités possibles, telles que la collecte d’échantillons environnementaux dans l’étang du campus, enregistrer des histoires orales dans la communauté, aider des citoyens à faible revenus avec leurs impôts, visiter des sites locaux, etc.   Il cite notamment deux avantages à une telle orientation :

  • une lutte plus efficace au plagiat : en amenant les étudiants à travailler sur des problématiques locales et actuelles, on diminue les chances que les étudiants se procurent des travaux génériques en ligne
  • un sentiment d’appartenance accru des étudiants : grâce à cette fidélisation, outre l’éventualité d’une meilleure rétention locale, ils deviendront possiblement de généreux donateurs…
Lang répond d’avance à des critiques qui argueront qu’il ne propose ni plus ni moins qu’un repli sur soi des universités :
…[W]hile this approach to education could become insular, it does not have to. As a professor, you might include a grounding experience at the beginning of your courses, for example, and then shift away to regional, national, or global environments. As a friend of mine once said, you build your ship on the land and then you sail off to foreign ports. Spend a few weeks in the harbor before you embark upon your global adventure.

Les commentaires à cet article s’avèrent intéressants alors qu’un observateur associe la proposition de Lang à la mouvance dite du « place-based education » (souvent traduit par
« apprentissage sur le terrain ») et qu’un autre croit que la pertinence du campus physique est toute autre :

In my view there is One Big Reason to maintain physical college campuses.  Concentrating thousands of young people in a college or university campus creates an immersed, sharededucational experience.  A university education is a solar system in which the other aspects of life (exercise, eating, friendship, and even romance — and therefore personal growth) orbit around education at the center.  This is true for students on a temporary basis and for faculty members more permanently.  The practical question, from the university’s perspective, is how to increase the gravity of the sun.  How can we make education — defined broadly, liberally — an even more important and central part of the student’s entire life?

Lang veut continuer d’explorer cette orientation dans de futurs articles.  J’ai comme l’impression que l’ascension de la formation à distance va susciter des réactions de « retours de balancier » pédagogiques qui prendront diverses formes, dont celle-ci.  L’Université de Sherbrooke m’apparaît bien positionnée pour poursuivre une telle orientation « terrain local », si un tel choix était fait…

Source : Lang, James M., « The Grounded Curriculum », Chronicle of Higher Education, 3 juillet 2012.

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Commentaires

  1. Eric Chamberland a écrit:

    Fort intéressant! En effet, puisque la FAD moderne démontre qu’on n’a pas besoin de se déplacer pour apprendre, ça a plein de sens de chercher quelle pourrait être la valeur ajoutée de l’expérience campus et de rehausser celle-ci.

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