La baladodiffusion en éducation: mythes et réalités…

Après que cet article m’aie été recommandé par trois sources différentes, je me suis décidé à le lire et à vous en faire rapport.  Il s’agit d’une recherche menée auprès de 275 étudiants de trois facultés différentes à l’Université de Montréal.  Dans cinq cours, les étudiants se voyaient remettre un baladeur numérique de type iPod ou Zen Vision et les professeurs de ces cours mettaient à leur disposition des contenus pédagogiques téléchargeables à partir d’un serveur central.  Il pouvait s’agir de séances de cours enregistrées, mais aussi d’entrevues, de musique à écouter pour les cours, etc.  Évidemment, les appareils ont également servi à des fins plus personnelles pendant le semestre…

Les conclusions des auteurs ne sont pas vraiment surprenantes, quoi qu’elles tendent à infirmer le modèle du « learning anytime, anywhere » mis de l’avant par les partisans de l’utilisation de la baladodiffusion pour diffuser des contenus de cours.  En gros, les étudiants perçoivent ce médium davantage comme un outil de divertissement, non-propice à l’étude.  Pour que les contenus académiques y soient intéressants, il faut qu’ils soient formatés de manière appropriée:

« Les contenus pédagogiques doivent être courts. Leurs concepteurs doivent exploiter les possibilités du multimédia pour créer des contenus dynamiques et interactifs. Surtout, les contenus doivent être d’une grande pertinence par rapport au cours et nullement se substituer au professeur dans son rôle de source première. Cela demande du temps, car pour assurer une bonne intégration dans les activités pédagogiques, les obstacles et contraintes à la fois techniques et culturels doivent être surmontés tant par les professeurs que par les étudiants. » [p. 54, nos emphases]

 Ce que l’article souligne de façon éloquente, c’est à quel point le contexte de réception de contenu pédagogique est normée socialement et intégrée par les étudiants.  Ainsi, bien que la technologie rende possible d’accéder à la matière de manière « nomade », les étudiantes et étudiants interrogés ressentent qu’ils ont besoin d’être immobiles pour se concentrer sur leur étude (ils tendent à télécharger les contenus pédagogiques sur leurs ordinateurs domestiques afin de les écouter à la maison).  Inversement, un contenu plus ludique (musique, photos, vidéos personnels) peu être consommé « en route » (dans le métro, par exemple).

« Nous sommes loin encore des discours faisant état d’un apprentissage décontextualisé où tout lieu et tout moment seraient propices à l’appropriation des contenus disciplinaires. Pour les étudiants, la consommation culturelle à des fins de carrière académique (voire passer les examens) requiert un setting, c’est-à-dire un espace balisé et a priori  défini comme lieu d’apprentissage. »
Tout cela me ramène à un des constats du récent colloque ProfeTIC, « L’Université était au coeur des transformations technologiques des trente dernières années.  Plus maintenant.  Aujourd’hui, elle est en rattrapage.  L’acquisition technologique se fait ailleurs. »  Les universitaires auront beau essayer de récupérer des technologies utilisées hors-campus, celles-ci sont déjà arrivées avec leurs contenus populaires qui ont conditionné l’utilisation qu’en font les étudiants.  Difficile de les remplacer…
Caron, André H. et Letizia Caronia, Rhoda Weiss-Lambrou, « La baladodiffusion en éducation : mythes et réalités des usages dans une culture mobile », Revue internationale des technologies en pédagogie universitaire, vol. 4, no. 3, 2007, pp. 42-57.
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