Les « blessais », entre le journalisme et la recherche

C’est du moins le mot-valise proposé et défini par le professeur d’histoire Dan Cohen (mais déjà utilisé par Stephen Fry depuis 2007).  Cohen est directeur du Roy Rosenzweig Center for History and New Media à la George Mason University.  Il se définit lui-même comme un humaniste numérique (s’identifiant au courant des digital humanities).  Ses propos sont rapportés et traduits dans le blogue L’oreille tendue de Benoît Melançon, directeur du Département des littératures françaises de l’UdeM et directeur scientifique des Presses de l’UdeM.

Si le néologisme « blessai » (en anglais blessay, amalgame de blog + essay) écorche l’oreille, il me semble intéressant quant aux mélanges des genres qu’il veut refléter.  « Pour Cohen, le blessai est une des formes de la convergence numérique du journalisme et de la recherche. » Lisez plutôt les caractéristiques de ce type de texte telles que traduites/ adaptées par Melançon :

« 1. Le blessai est plus long qu’un billet de blogue, mais plus court qu’un article savant. Il ferait entre 1000 et 3000 mots.

2. Il est nourri par la recherche et l’analyse, mais il ne le claironne pas («doesn’t rub your nose in it»).

3. Il repose plus sur les ressources du Web que sur celles de la revue savante; par exemple, on y préfère les liens aux notes. Son auteur n’hésite pas à recourir à l’image, à l’audio ou à la vidéo.

4. S’y marient l’expertise et la curiosité. Il est aussi important d’y conclure que d’y suggérer des ouvertures («Conclusive but also suggestive»).

5. Le blessai est destiné à la fois aux spécialistes et au public cultivé («intelligent general audience»). On s’y méfie du jargon, non par populisme mais par souci du bien-écrire.

6. Son lecteur voudra conserver un blessai grâce à Instapaper ou Readability.

7. Son auteur évitera les formules simplistes inspirées de la recherche, par exemple en histoire («Puritains et Wikipédiens, même combat»). »

Je ne sais pas vous, mais ça me fait penser à certains de nos textes, du moins pour la longueur et la volonté de s’appuyer tant sur des sources scientifiques que sur le web…  Nous ne sommes pas des journalistes, mais nous nous adressons à un public savant… tout en souhaitant vulgariser la pédagogie.

Évidemment, le billet de Cohen a lancé toute une discussion quant à la meilleure façon de nommer ce nouveau genre littéraire numérique : «  piecethought pieceintellectual journalismdigital essaywriting ou… essay », etc.

Pas sûr qu’il y ait du matériel pour la rubrique « Le fin mot » du Perspectives SSF, mais ça donne à réfléchir sur la mutation des formes de communications savantes.  Notamment quand on pense que la publication Web n’est pas toujours reconnue ou valorisée dans les cercles universitaires :

« The first [problem] is undoubtedly tensions with universities around academic freedom: the age-old question of what it is acceptable to say in the public space when your employer is a university; but in a new medium where it is easier than ever to speak your mind.  

[…] There is also a debate about whether blogging can be career-limiting, with many feeling that their blogging activities cause them to be frowned upon by colleagues. 

[…] Another of the concerns raised […] about blogging centred on how much those blogging about their research should reveal, for fear of it being stolen by competitors, although this seems more acute among scientists. Many philosophers, for example, seem quite happy to post early drafts of their research papers online. » [Corbyn, 2008]

Sources :

Cohen, Dan, « The Blessay », Dan Cohen’s Digital Humanities Blog, 24 mai 2012.

Corbyn, Zoe, « By the Blog : Academics Thread Carefully », Times Higher Education, 9 octobre 2008.

Melançon, Benoît, « Écrivez-vous des « blessais » ? », L’oreille tendue, 5 juin 2012.

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