L’importance de la pédagogie guidant les choix technologiques

Billet rafraichissant du blogueur Bruno Devauchelle, formateur chercheur au CEPEC de Lyon qui dénonce de façon incisive l’engouement actuel pour l’utilisation des tablettes et TBIs (Tableaux Blancs Interactifs) dans la formation, au détriment de solides assises pédagogiques. L’auteur met en doute la valeur réelle de l’intégration de ces nouveaux outils dans l’enseignement, surtout en l’absence d’objectifs pédagogiques préalables, malheureusement trop souvent escamotés puisque leur planification exige un effort plus important au niveau de la réflexion, au profit de l’utilisation d’outils divertissants et tape à l’œil.

Un passage m’a plus particulièrement interpellé:

Il est nécessaire de dénoncer ce processus et ces procédés. Pourquoi ? Parce qu’ils amènent à faire rêver sur du vent, à faire des investissements inconséquents et souvent sans suite, à faire croire à l’effet levier sur l’enseignement etc…. Ce processus, c’est cette récurrence de pratiques qui amène à observer une nouvelle fois l’amnésie : il y a nouvel outil donc il y aurait nouveauté pédagogique !!!! Ces procédés sont des procédés commerciaux à court terme.ils servent aussi bien les commerçants qui tirent des royalties et les zélateurs eux-mêmes qui, tentant de ringardiser leurs prédécesseurs, se mettent sur le devant de la scène, convaincants et manipulant ceux qui les écoutent et à qui ils oublient de dire réellement où on en est et dans quelles dynamique on se situe. D’ailleurs ces publics, souvent décideurs, sont prompts à entendre ces discours qui les flattent et leur évitent d’aller au fond des choses en sauvant les apparences. Les procédés employés sont déloyaux, voire davantage car ils jouent sur l’ignorance qu’il faut entretenir dans un public crédule. Un chef d’établissement se posait la question de savoir comment il pouvait éviter ce piège. Il semble simple de lui répondre qu’il suffit de réfléchir à l’histoire de l’enseignement, de l’apprentissage pour s’en rendre compte. Mais il ajoute, comment dégager des lignes fortes et durables alors que les produits changent tout le temps ? La réponse est relativement simple : en relisant l’histoire des technologies et en analysant la manière dont elles fonctionnent en interne (le binaire a la peau dure) et la manière dont elles s’insèrent dans le paysage social (accélération, temps, information, communication, distance). Mais ce travail intellectuel est coûteux et prend plus de temps que de lire un article ou d’écouter un reportage de journal télévisé qui se termine par « décidément, le progrès, pour le bonheur des hommes n’a pas fini de nous surprendre ! ». Ce genre de phrase associé progrès à bonheur, et nouveauté à une image a priori positive… sans discussion aucune, car à peine le reportage fini on passe à un autre sujet sans aucun rapport…

Comme le soulignent bien des lecteurs commentant l’article, l’intégration de nouveaux outils peut souvent être une opportunité pour renouveler son enseignement, mais ce dernier doit guider les choix technologiques, et non l’inverse.

Source: Devauchelle, Bruno, « Une tablette n’a jamais révolutionné l’enseignement… pas plus qu’un TBI », Veille et Analyse TICE.  Rapporté par le REFAD (23 avril 2012).

 

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