La ludification modifierait le rapport à l’apprentissage

À l’émission La Sphère de la première chaîne de Radio-Canada, samedi le 31 mars dernier, une passionnante discussion entre Alexandre Enkerli, chargé de cours à l’Université Concordia et Sylvain Letellier, directeur de la recherche chez BeSpoke (firme de marketing), tous deux anthropologues de formation.

Enkerli se montre très critique de la ludification qu’il associe à la propagande puisque « par des mécanismes de jeu on cherche à induire des changements de comportements.  Il n’y a pas de liberté là-dedans. ».  Ce n’est pas du jeu, mais du pointage, de la récompense/ rétroaction et de la compétition (exemple : programmes de fidélité à la Air Miles). Pour Letellier, la gamification permet de donner du sens à une expérience a priori ennuyante, puisque cela « aide à faire faire quelque chose que les gens n’aiment pas », par exemples participer à des études marketing ou faire du vélo même si l’on n’aime pas ça.  La ludification ouvre sur des récompenses non-monétaires comme d’offrir à des internautes de donner des idées qui seront ensuite votées par leurs pairs.

Pour Enkerli, dans la ludification «  aucune discussion n’est possible », ce qui l’amène à citer Pavlov.  D’après Enkerli la ludification agit sur les motivations extrinsèques .  Or, selon lui la recherche démontre que ce type de motivation fonctionne mal lorsque l’on a affaire à des tâches de nature créative (mais fonctionne pour des tâches « bébêtes »).  « Quand c’est utilisé en apprentissage, ça donne des résultats qui ne sont pas désastreux, mais ça modifie complètement le rapport que l’on a à la connaissance. »  Enkerli prône plutôt le jeu ouvert où la conversation et la négociation des règles sont possibles, dans un esprit d’adaptation et de fluidité.

Enkerli participait d’ailleurs cette semaine à une discussion sur le sujet (Jouer notre existence: quelle place pour le jeu dans la vie adulte?) dans la série University of the Streets Café de l’Université Concordia.  Par ailleurs, il a déjà offert une conférence Ignite ! (un peu différente, il faut l’avouer) sur The Serious Business of Playfulness.

Lorsque l’animateur évoque le billet « Gamification is Bullshit » de Ian Bogost (« a perversion of games as a mod marketing miracle »), Letellier, quant à lui, estime que les critiques adressés à la ludification peuvent s’adresser à l’ensemble du marketing : convaincre, vendre, voire contraindre.

Mais ludifier pour enseigner ?

Sources :

« La ludification, un concept à la mode », entrevue avec Alexandre Enkerli et Sylvain Letellier, émission La Sphère, Première Chaîne de Radio-Canada, 10 min 53, 31 mars 2012.

Playful living: What does it mean to play as adults?, Université Concordia, 4 avril 2012

Bogost, Ian, « Gamification is Bullshit », Video Game Theory, Criticism, Design, 11 août 2012.

Enkerli, Alexandre, « Playful Living / Jouer notre existence », Disparate, 31 mars 2012.

 

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